mercredi 29 décembre 2010

Quatre anglais en K-Way

Pas évident d’écrire à son aise ces derniers temps, et je m’en excuse auprès de vous, rares lecteurs de ce vague radeau moribond. Les putes, l'excès de chair et mon skyblog passion consacré à la Wehrmarcht m'ont considérabl Le boulot qui me prend pas mal de temps, les projets à coté, le permis de conduire, et toutes ces choses prenantes m’ont tenue éloigné de vous. On va donc parler de choses compliquées, difficiles, de combat véritables combats quotidiens à mener.

Les choses n’étaient pas simples non plus pour les rockers anglais du début des nineties. Il en fallait une bonne dose de courage pour tenter de se mesurer à 40 ans de passif local à la fois génial et révéré. Il en fallait des louchées de sueur pour tenter de damer le pion à Oasis, un rival aussi stupide qu’encombrant par sa verve démoniaque et elle aussi toute british.
Cerise sur le gâteau, le mal être, dernier refuge des désespérés venait d’être tiré des cendres encore tièdes de Joy Division par une bande d’américains aussi chevelus et crasseux que géniaux : Nirvana.

Damon Albarn savait que son petit groupe devait la jouer fine et que Blur devait frapper fort une bonne fois pour toute : un album et dedans un hit qui devait conquérir l’Angleterre toute entière de pubs en stades, de school shuttles en tube stations. Ces quatre jeunes devaient opérer le grand syncrétisme, la grande synthèse pour fédérer et enfin exploser. Pour reconquérir les juke-boxes de leur Essex natal et aller chatouiller ceux de Manchester en mettant au passage les tempétueux frères Gallagher à l’amende.
Les dosages sont simples : une base de Velvet Underground mais livrée comme si les Kinks auraient repris du Iggy Pop. Ajouter à cela un accent à la David Bowie, des harmonies vocales piquées aux Beatles et vous obtenez « Blur » l’offensive rock la plus marquante de 1997.

On entame l’ouvrage fort avec le hit N°1 de l’album « Beetlebum » et son riff mélancolique et paresseux, aussi flou que le groupe-lui-même. Soudain, après une minute d’écoute, la pépite arrive, ces grands couplets d’harmonies vocales volées aux Beatles eux-mêmes qui disparaissent avant de revenir, fugace, comme le souvenir de votre premier baiser. 
Doux et amère comme le souvenir de cette peau devenue inaccessible à jamais. 
La nostalgie à portée du jeune urbain encapsulée dans une seule chanson. Le clou est enfoncé plus loin avec « Song 2 » qui est avant tout une super chanson rock avant (aïe) d’être entonnée en soirée par une bande de bourrés (malaise) bas de plafond. La fuzz est de sortie, Albarn et Coxon sont allés la piquer dans la tombe de Bolan avant de la poser sur une batterie aussi musclée qu’entêtante.
« Country Sad Ballad Man » prend le contrepied total de cette énergie et livre une ballade folk piquante et distordue ponctuée de grandes échardes de guitares et de petits effets sonores électroniques croquignolets.
Bizarrement, l’énergie pure reprend sur « M.O.R » comme si le groupe ne pouvait se retenir de jouer piano. Une montée de guitare et de batterie bâtissant un punctum de pression relâchée comme une catapulte projetant le son dans une mer de fuzz et de charleys à laquelle Dinosaur Jr ou The Jesus and Mary Chain nous avait déjà bien habitué avant que nos amis se noient dedans.

La chanson suivante est bien plus relax. Il s’agit d’une petite fresquette si réaliste qu’elle sera officiellement prise comme hymne de la Britpop. L’auditeur attentif saura se passer de ce genre de considération et il appréciera « On Your Own » pour ses chœurs et ses voix en canon répondant les unes aux autres. 
Décidément, les Beatles ont bel et bien fait des émules. « Theme From Retro » est une expérimentation un peu flippante que l’on croirait tout droit tirée d’un Luna Park abandonnée de Blackpool. Ces orgamonds entêtants évoquent une salle de jeux hantée par une horde de clowns morts (on pourra les entendre distinctement à la fin de la chanson). Si le rétro badant était visé, c’est bel et bien réussi.
La chanson suivant est chère au cœur de votre serviteur, car elle a constitué ma porte d’entrée à cet album (en savoir plus sur cette théorie fumeuse ici). Cette petite mélodie croisant guitare sèche et électrique, est la parfaite chronique de la dépression quotidienne. Rarement ces moments de fin de soirée ont été mieux évoqués.
Le morceau suivant fait lui aussi partie de la série d’expérimentations entamées par le groupe sur ce disque. « Death of a Party » raconte très bien cette minute où la musique s’éteint pour laisser les convives éparpillés dans l’appartement sombrer dans un sommeil comateux. Cet orgue tremblant c’est la radio qui grésille encore, ce robinet qui goutte, cette fille éméchée et poisseuse de whisky coca qui vous ronfle dessus.

Le combo renoue pile après avec une énergie folle sur « Chinese Bombs » où la fuzz hurle encore et résonne comme l’écho d’un réacteur de Mig rugissant  dans une passe de l’Himalaya avant de blaster un monastère tibétain.
Le rythme ralentit pour laisser la rythmique de Alex James et Dave Rowntree prendre le contrôle à grands coups de ride fainéante et de basse groovy qui, a vrai dire,  nous perd un peu en route. C’était  « I’m Just a Killer for your love ».  
La chanson venant juste après est « Look Inside America » et autant dire que le groupe reprend du poil grâce à l’excellent songwriting de Damon Albarn qui dépeint avec simplicité la vie ennuyeuse et pétrie d’obligations d’une tournée américaine. Un point de vue rare sortant de la trilogie dope-alcool-déconne (voire filles). Le tout porté par une mélodie et des arrangements des plus classieux.
Le son n’en cesse plus de monter et de durcir. Les guitares et claviers se décomplexent sur le remuant « Movin’On ».
L’album se clôt sur un interlude expérimental de plus « Essex Dogs ». Une piste laissant une fois de plus libre cours aux méditations mélancoliques et leur lot de souvenirs confus.

C’était donc cela Blur. Un opus alternant pistes courtes et nerveuses de power pop-rock terminales et de longues plages d’expérimentations sonores.
C’est cela que Blur a réussi à accomplir par sa musique. Remettre vitesse et énergie au centre de l’équation, se défaire des oripeaux inutiles tout en montant le son encore un peu plus. Quelque chose capable de vous faire danser. Verglas ou non.

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