vendredi 12 mars 2010

Well, I'm just a modern guy

Je suis un érotomane notoire, vous le savez tous. Quiconque a déjà passé un peu de temps avec moi le sait.

Beaucoup d’entre vous connaissent mes théories fumeuses sur le « métro love » ce jeu de séduction et de regards, lointain ou close contact selon votre heure de fréquentation des transports publics. Je sais d’ores et déjà que des notions telles que le touch point mental, le regard-reflet vitre détourné, la pose désinvolte et eyes motion switch que de nombreuses filles maitrisent bien n’ont plus de secrets pour vous.

Il n’ont plus de secrets pour moi non plus, et autant vous le dire, maintenant je m’ennuie. Je m’ennuie tant et si bien que je vais me mettre à lire de beaux et grands romans avec de la musique sur les oreilles, comme le font beaucoup de gens stupides. Et bien oui, comme tout le monde le sait, soit la musique est si bonne qu’elle procure une jouissance de chaque instant et le fil de la lecture est perdu, situation initiale, personnages, style littéraire et rebondissements nous échappent à tout jamais (un peu comme un Marc Levy au final). Soit la lecture est si bonne que la musique passe pour une sorte de soupe fade et insipide. Si en plus le son est écouté au travers de ces horribles écouteurs ipod, alors là c’est le pompon.

Comme je vous le disais, j’ai trouvé un nouveau jeu de dragouille : quand je descends sur le quai du métro, je remonte au maximum le long de la rame, afin d’épier les créatures par les portes en aluminium brossé du train encore entrouvertes. Suivant la marchandise je lance des regards, des sourires, des poses d’allumeur des eighties (ah les bonnes vieilles mains dans les poches arrières du jean…) dans le but de provoquer des réactions sans conséquences, car suspendues dans le temps durant les quelques secondes de l’exercice. Autant vous dire que celles-ci sont aussi révélatrices qu’anodines.

Dans 70% des cas aucun contact visuel n’est établi (Musso et le 20 minutes sont bien plus intéressants), les 20% restants confinent à l’indifférence. Vous l’aurez deviné chers lecteurs, les 10% en bas de bilans sont les plus intéressants. On peut empiriquement relever 7% de regard mateurs un peu intéressés, 2,5% de sourire ou autre forme de réponse positive (main dans les cheveux, coup d’œil scanneur haut-bas-haut,…) les 0,5% sont mon caviar personnel, mon nirvana de métro man, la part des anges souterrains. C’est la situation que j’appelle de « Home Run ».Quand les portes du métro se referment et qu’il part en te dépassant, il faut essayer de repérer les filles restées dans la rame qui te suivent du regard durant tout le long de leur dépassement.

Bravo ! Elle te matte en train de remonter le quai jusqu’à l’escalier de manière détachée et nonchalante en sachant pertinemment que tu l’a vue et n’hésite pas te dévorer du regard, rongée par le désir et la concupiscence! Certes, vous avez raison, ce jeu est lâche et stupide, les deux parties prenantes étant séparée par 5 centimètres d’aluminium et de plexiglas roulant à 30 km/h. Il est néanmoins fort distrayant, pour un aventurier du quotidien comme moi.

Et bien figurez vous, chers lecteurs, que de temps en temps la vie vous sourie et vous offre un joli combo 3 sourires de suite en provenance du train qui part et un providentiel "Lust For Life" de la part du shuffle de votre lecteur mp3.Ce moment est de ces instants magiques et terribles durant lesquels ciel et terre se confondent et entrent en harmonie transcendantale vous faisant reluire d'une dose d'égo testostéronée aussi irrésistible que capiteuse.

You litteraly are on top of the world my friend.

Ce fix de bien être pur, ces endorphines envahissant mes synapses et mes neurotransmetteurs embrumés a aussi provoqué en moi une vague de gratitude sans précédent envers l'iguane.
Oui, décidément, je devais chroniquer "Lust For Life" et ainsi rembourser ma dette auprès de mes lecteurs déçus et frustrés. C'est une des raisons pour laquelle cette chronique est si grasse et importante. Ce n'est pas un article, c'est une offrande destinée à être immolée sur l'autel d'une des divinités du rock'n'roll. Un héros vivant, mi-homme, mi dieu, le Hercule de Ann Arbor. J'ai nommé Iggy Pop.

Vous savez tous combien mes amis et moi nous vénérons ce rejet, ce grand ordonnateur du festin sonique torse nu. Iggy sort de l'affaire "The Idiot" par la grande porte: ses fans hardcore sont transis d'amour pour ce que les journalistes appellent à présent une œuvre. Le grand public n'a rien compris (comme d'habitude). Oui, décidément, en cette année 1977 qui voit le triomphe de ses fils spirituels, Iggy se sent bien. Il veut muscler encore le son, forcer le propos, partir dans toutes les directions créatives possibles. Aller s'ébrouer dans la pop et le disco ne lui fait pas peur.

Le thème est déjà tout trouvé, il sera la précepte qui a guidé Iggy depuis toujours : "Lust For Life" ou "La Luxure Erigée En Style De Vie" pour les plus francophiles d'entre vous. La décadence commencera dès le titre éponyme, primaire et bas de plafond, sur des accords pillés et volés, qui seront eux même cannibalisés par des australiens sans scrupules. La section rythmique du combo fait mal, c'est le fruit de Hunt et Tony Sales, deux frères livrant une section rythmique percutante su laquelle Iggy s'appuie et scande ses préceptes, parle alcool et drogue, chairs en sueur. Chroniques de la luxure quotidienne. Les petits chœurs totalement kitsch et jusqu'au boutistes sont justes parfaits.
Non content de chanter sa vie et ses mœurs baroques, il les fait déteindre sur des gamines de seize ans, devient fou devant leurs bottes en cuir, veut leur montrer des explosions viriles diverse. On aurait pu faire plonger une armée de Polanskis pour moins que ça.
Ce "Sweet Sixteen" , pas celui ci hein, prend toute son ampleur lorsque la cowbell débarque pour suspendre dans le temps Mr Osterberg et ses envies contre nature, il devient fou, fou d'amour et se damne, englouti dans un fade de guitares. Une croix de plus sur la crosse du cupidon des pervers désœuvrés. Si le son s'estompe à la fin de cette chanson ce n'est que pour revenir plus fort sur "Some Weird Sin". Comme à son habitude, la batterie débaroule, caisse claire devant. L'iguane prend du recul et s'analyse, hurle annone que tout ce qu'il veut c'est du péché étrange, du bizarre, il ne peut pas se retenir. Bref, du freakshow et rien d'autre.
Bien sûr mes enfants, ce registre n'a pas été inventé par Nikola Sirkis, lui et son érotisme androgyne tout droit sorti d'un design de boite à lunch genre Emily the strange.
Les attaques et le solo de guitare totalement écorché au beau milieu de la tourmente saura vous en convaincre.
Le loup a la patte coincée hurle, et meurt à son propre piège, comme David Carradine dans une chambre d'hôtel thaïlandais. Une toute autre chose que ce que pense votre tante lorsqu'elle entend la chanson suivant, non, ce n'est pas qu'une merde de Cookie Dingler lorsqu'elle entend les premiers accords de "The Passenger". Son rythme cadencé et ses accords empruntés au reggae nous trompent et se jouent de nous.
On a tous été ce voyageur, cette personne en trench-coat gris, sac en bandoulière et clope au bec. Juste de passage, incertain, hésitant au sujet de ce que l'on quittait et de ce que l'on allait trouver. Rien d'autre que cette chanson magnifique et nostalgique à laquelle se raccrocher, en comptant les arbres le long de la voie ferrée.

The Idiot et sa pop décadente a laissé des traces, "Tonight" commence sur des chœurs aussi grandiloquents que la mélodie et le rythme disco qui s'en suit. Iggy prend sa voix de crooner ringard, pour s'ériger en maitre de cérémonie au milieu de cette boum d'adolescents morts vivants.
Tout y est: le ton langoureux et le solo dégoulinant et interminable qui s'accroche aux branches.
Le travail de Ricky Gardner et Carlos Alomar, tout en précision tendue et piquante se ressent ici.
La chanson suivante "Success" (que d'aucun diront destinée à David Bowie ou à Elvis Presley) se moque gentiment du star system qui a toujours eu horreur des artistes portant parfois des jean en plastique transparent et s'entaillant la poitrine lors de concerts.
Tout cela n'est qu'un zoo, comme le dit Iggy, l'idiot est au final peut être pas celui qui le dit. La voix de l'Iguane se révèle sur "Turn Blue" et ses mélodies vocales travaillées entre murmures et cris. Sur cette chanson que l'on pourrait croire volée à Lou Reed, Iggy tutoie Jésus. La mélancolie et le spleen peut aussi tirailler les meilleurs d'entre nous, sur une orchestration qui irait presque tirailler The Dark Side of the Moon (chœurs à gogo et batterie, guitare et synthés aériens).
Avec "Neighborhood Threat" notr ami retrouve sur des territoires plus connus. Car il connait ça le bougre, la délinquance juvénile, le sniffage de colle dans le garage et les fantasmes de catcheur amateur. On le comprendra, hein, après tout, qui ne l'a pas fait me jette la première pierre. Il y a en tout gosse de classe moyenne un loubard de Ann Arbor qui sommeille. Tout le monde le sait, ces immeubles qui s'enchainent, et ces concessions automobiles rendent fous, comme ces guitares retravaillées à l'effet. Cette menace est là, elle vous guette, et on ne peut rien y faire, tout le monde le sait, et il n'y a qu'une façon d'y échapper: partir loin.
L'album se clôt sur "Fall In Love With Me" noyé sur des nappes d'effets vocaux, rendant la voix métallique tout droit sortie d'un interphone de Mc Drive de banlieue. Les synthés prennent peu à peu
le dessus sur Iggy, qui ne peux pas s'empêcher de lâcher ses dernieres stances misérables "You're young and hot, fall in love with me". Ah ouais. Le tout avant que les frères Sales ne sonnent la fin de la recréation, batterie en avant.

On sera d'accord pour se dire entre nous que ces neuf chansons constituent sans doute le meilleur effort solo de l'Iguane à date. Assez grand public pour plaire, et assez détaché et ironique pour plaire à la fille bien trop hip qui vous a esquissé un demi sourire lorsque vous marchiez sur le quai.

Oui, ce sera une bonne journée, et même ce bitume glacé ne vous fera pas changer d'avis. Non, pour rien au monde.

mercredi 17 février 2010

Pop bomb

Et bien voilà, ça y est, j’ai craqué. Roue moi de coups, crache moi au visage foule ingrate, repais toi de ma souffrance. Déchire de rage les derniers oripeaux de ma crédibilité artistico rock passée et fanée, laisse la vindicte guider ta fureur. Fais moi expirer, et avec moi les premiers serments prononcés par cette pauvre chair meurtrie que tu piétines maintenant avec joie.

Je m’étais juré de ne jamais parler de Phoenix, de me gargariser du coma du rock français et de son cortège de soubresauts, aussi courts que navrants. J’étais heureux de compter paisiblement les convulsions du cadavre, là, assis confortablement dans la pénombre, le cigare aux lèvres et le verre à la main. A cracher mon venin et persifler de ma langue venimeuse de vipère.

Ma vie était facile et simple, pour moi, le quatuor n’était qu’une hype Versaillaise de plus, et en bon républicain, mon devoir sacré était de l’ignorer, voire de la combattre. Qu’avait-elle donc cette ville, domicile de Air, Daft Punk et qui sais-je encore ? La grâce de Louis XIV, bâtie sur des monceaux de cadavres avait-elle rejailli sur ses descendants légitimes, touchés par la grâce absolue ? Les rayons de ce Roi soleil aussi fou que génial qui s’était promis de faire de cette bourgade de lointaine banlieue la capitale du monde connu ont-ils caressé la tête de ces élus ?

J’ai dû me rendre à l’évidence, sacrifier ma fierté sur l’autel de l’honnêteté musicale et intellectuelle. On ne fait pas danser les Anglo-saxon, et on ne passe pas au Saturday Night Live (dédicace au 1,2,3,4 en français dans le texte ) tout a fait par hasard. Comble du comble, une interview dans Rock & Folk à même réussi à me rendre ses bougres sympathiques. Il fallait donc chausser les écouteurs, se rendre compte, et dire, témoigner. Que recèle donc cette french touch, qui a littéralement explosé depuis « Wolfang Amadeus Phoenix » ? Tiens, des références au classique, quoi de plus normal pour l'hétérotopie de style classique par excellence, à savoir Versailles. Décidemment mes amis, les racines du mal remontent loin. Du rock, certes, mais aussi une sacrée dose de pop. Encore cette maudite French Touch.

Dès la première chanson « Lisztomania » la batterie sèche et indéboulonnable ne doit pas vous méprendre. En effet, c’est bien de sentiments et de romantisme que l’on parle ici. Qui de mieux choisi que de Franz Liszt pour vous l’expliquer ? Ce petit orgamond sautillant, et ces grands traits de clavier obsédants, montant vers un crescendo dramatique d’énergie et de saturation sommitale. Majestueux et fragile comme un coucher de soleil, dans son écrin final de flute de pan-clavier 70s digne d’un film de boule de la grande époque (ongles roses et permanentes). Bon, on tient quelque chose.

Cette douce mélancolie va-t-elle se prolonger ? Ce salutaire effort pour faire échapper une partie de la jeunesse à l’avilissement et au lucre gratuit va-t-il continuer ? Et bien oui. « 1901 » est de ces rengaines. On y parle de temps qui passe, de grande boucle de la vie et de choses désuètes, de ce temps qui vous coule entre les doigts, comme du sable. Et toujours ces claviers et ses multiples sons bidouillés qui enrichissent et jouent avec la basse. On dirait que le Pop Rock veut dire enfin autre chose que médiocrité mièvre et plate. La nervosité de la guitare et les arrangements classieux donnent un mélange très proche de la perfection. La piste suivante « Fences » laisse encore libre cours au clavier de ce diable de Deck D'Arcy, échappé du futur des années 2001, bloc de pierre, combis oranges et babouins dansant avec. La voix aérienne de Thomas Mars, tout en légèretés aigues se mêle à cette bande sonore de space opera qui s’écrase par à coups sur le dancefloor, à chaque coup de grosse caisse de Thomas Hedlund. Oui on est bien là, capturé dans cette atmosphère moite de dancing de station orbitale.

Vous ne me croyez pas ? Le réacteur central se rallume après des années d’hibernation sur « Love Like a Sunset Part I ». Des sons de machines organiques, une mélodie qui se réveille peu à peu, à mesure que les voyants ne se rallument sur les consoles poussiéreuses, les uns après les autres, nous poussant dans une marche galactique vers le Soleil. A toute allure, faisant la course avec les protons. On jurerait cette piste échappée de la magnifique bande originale du film « Sunshine ». La suite de cet interlude instrumental qu’est « Love Like a Sunset Part II » retrouve son équipage humain à la barre, réveillés par la chaleur du Soleil, et chantant ce coucher de soleil, qui sait ? Peut-être le dernier ?

« Lasso » laisse toute l’envergure et la distance nécessaire aux musiciens pour s’exprimer, que ça soit la batterie facétieuse, la basse tendue ou la guitare acide des Laurent Brancowitz et autres Christian Mazzalai. Des français savent jouer et mettre en scène leur talent. Je ne suis pas blasé, et c’est réconfortant. « Rome » revient vers des territoires connus par les fans du groupe. Quel endroit de plus romantique que Rome, la ville millénaire qui a vu passer Nerval, Stendhal et les plus grands romantiques de l’histoire française y venir s’y prosterner et clamer sa beauté. Son charme désuet de capitale d’empire patricienne, celui de son colisée et de ses mille fontaines de marbre blanc. Tous ces échos dégradés et ces réverbérations sonnent comme les battements de votre cœur et les sons de vos pas dans les catacombes. Toujours de cette légèreté faite de dentelles brodées.

« Countdown » la chanson suivante débute comme une création de My Bloody Valentine, charpentée par ces sons de claviers perdant complètement mon pauvre cerveau, baignant dans cette vapeur moderne et éthérée. J’incrimine personnellement Air et Daft Punk pour cette ambiance de sons rétro-futuristes assumés. Même si les rythmes se cassent et se syncopent, tous les efforts des musiciens pour saboter l’effort collectif que constitue cet album sont vains. Les thèmes restent les même, le temps, la vérité et la solitude comme autant d’états d’âmes obsédants qui s’envolent et se suspendent dans les airs avec la dernière explosion de clavier.

Si les influences de Daft Punk période « Aerodynamics » étaient clairement visibles, elles percent les oreilles dans « Girlfiend », dans les sonorités futuristes rondes certes, mais aussi dans la manière de passer sur la guitare un traitement funky. Croisé avec de la pop et des tunnels d’electonica (je ne sais pas exactement ce que ça veut dire, mais je trouve que ça sonne bien) qui donnent aux morceaux cette fluidité mélodique remarquable.

Le bal se clôt sur un titre proverbial « Armistice » un mot cher aux imaginaires collectifs français. La fin en somme du bombardement, pictural comme musical qu'a constitué cet album. La bataille est terminée, bouleversée et indécise jusqu'à ses derniers tressaillements. Les derniers moments de bruits et de fureur suspendus au milieu du silence. Comme ces instruments qui vont et qui viennent, avec leurs rengaines morbides et répétitives, dans un vacarme assourdissant jusqu'au silence télégraphique, lancinant et suprême.

Voilà mes amis, le hussard du rock est à terre, anéanti par sa dernière charge. Le sabre sali par la boue du champ de bataille, hébété par le fracas mille fois répété de la chair et du fer. Fourbu par tant de cavalcades et de charges aussi vaines que désespérées. Il lève à présent les yeux au ciel, ébloui par le soleil d'Austerlitz. Et il finit enfin par se rendre compte que c'est de ce celui ci que l'on forge les plus belles gloires.

Oui, décidément, l'empereur n'avait pas menti.

samedi 6 février 2010

Rock and Roll in your daily life (part 9)

Occupé par une vie aussi remplie qu'excitante, je n'ai rien pu poster ces derniers temps.
A mon grand désarroi. Alors voilà, je fais un petit retour en douceur avec une modeste contribution à même de redémarrer la machine, tel le starter d'une vielle Volvo. C'est toujours pareil, on sait que ça va être chiant et dur, mais qu'un jour ou l'autre, la caisse va redémarrer dans un hoquet bruyant.
Ce carton qui traine dans ma chambre depuis le retour de big LDN, m'obsède. Bourré de livres et de cours, qui, un jour ou l'autre finiront à la cave. Mais dans cette histoire, le contenu est secondaire.Trop flemmard pour le descendre, je préfère contempler le magnifique logo qui rappelle indubitablement celui du fameux label mancunien Factory Records. Très étrange pour un carton contenant à l'origine du matériel médical.

Quoique, quoique...mais oui :

"In the hand of one of the assistants, she saw the same instrument which they had that morning inserted deep into her body"


Oui, no life at all in the house of dolls, no love lost, no love lost.

mercredi 13 janvier 2010

Le rock français sur boite vocale (part 2)

Alors que je rêvassait benoitement sur un escalator du RER, accoudé à une courroie de caoutchouc collante, mon regard perdu dans le vide, quelque part entre les catégories "mattage passif " et "to do list" a eu l'impudence de tomber sur ça:

Je ne voulais absolument pas tomber dans dénigrement à la petite semaine ou le LOL poster, mais la quand même...
Sérieusement les mecs, vous êtes Indochine. Vous battez le pavé médiatique musical français depuis les années 80 (avec de bonnes périodes de creux, certes).
Toutes les adolescentes goth-punk-rebelle-clous-larmes de sang de Paris, proche banlieue et Province ont des posters de vous dans votre chambre.
La bande passante réunie de tous les skyblogs qui vous sont consacrés nourriront plusieurs générations d'ingénieurs télécom et leur famille étendue, et vous vendez encore des albums.

Bref, ON CONNAIT VOS TRONCHES LES MECS !!! Pas la peine de nous infliger ça. Sérieux, le shooting avec Mondino, vous êtes surs ? Ben merci de confirmer ma théorie déjà fort ancienne: le rock hexagonal grand public est mort avec Téléphone. Pas convaincus, sceptiques ? Alors mes amis, que pensez vous de ça :

La fameuse pochette de l'album "Crache Ton Venin" sorti en 1979 chez Pathé Marconi EMI. Une pochette qui, une fois le plastique retiré donnait ça :

Roooh, mais comme c'est bizarre ! Je vous le donne en mille, le nom du photographe auteur du forfait est... Jean Baptiste Mondino. Troublant n'est-ce pas ?Oui, je suis d'accord.
Alors de deux choses l'une : soit Mondino est en panne d'inspiration et est devenu une crapule qui recycle ses idées vieilles de trente ans, soit un des groupe les plus sexuellement ambigu de France est en cruel manque d'inspiration.

C'est quand même dommage, surtout quand une maison de disque (aussi en crise soit-elle) et un tourneur (qui se gave) est derrière ton groupe, avec un budget pub avoisinant le budget du ministère de la défense suisse.

Quand tu peux faire du carpet bombing et ainsi repeindre la jungle urbaine à ta fantaisie en payant un magnat des médias fortuné excentrique et son armée de bonshommes fluos, tu fais autre chose qu'une resucée de la fin des 70s.
Des armées de graphistes et artistes en herbes crèveraient pour te pondre des dessins colorés et des designs complétement fous et revolutionnaires à même de rompre la morosité du quotidien.
Puis par là, attirer le regard de ta cible, ou celui des autres connards blasés comme moi qui tirent la tronche. Ça s'appelle "le touchpoint".

Je parle ne même pas de toute la génération qui a connu, écouté et acheté du Téléphone et qui n'est pas dupe une seule seconde de la supercherie. Dommage pour une dépense de plusieurs centaines de milliers d'euros. Pour preuve quelques verbatims de proches amis :

"It's, hum...How do you say it in french...du gachis"

-Mick Jagger-

"Ah-ha-ha. Ever get the feeling you've been cheated?"

-Johnny Rotten-

On pourra juste dire que dans ce post, le plus dur aura été seulement de ne pas porter de jugement de valeur musical. Bonsoir à tous.

vendredi 1 janvier 2010

Why villains always blink their eyes

Le Velvet underground est le meilleur groupe de l'histoire du rock.
C'est avec ce genre de phrases péremptoires, presque autant que Lou Reed himself que l'on réveille une bande de glandeurs ensuqués par quelques semaines de bombances festives.
Maux de ventres, selles molles,gueules de bois, bourrelets, alka seltzer et tout le toutime.
By the way, ne comptez pas sur moi pour me faire le pourfendeur de cet autel sacrificiel consumériste de fin d'année. Après mon vibrant plaidoyer pour la douchebag nation, cela ferait désordre.
D'ailleurs, que voudraient-ils, tous ces bobos larmoyants, que l'on réveillonne avec des salsifis cuits à l'eau? Que l'on arrête de se ruer dans les magasins et cesser de consommer, et perdre ainsi les quelques emplois qui nous restent, chez les pâtissiers, les commerçants et autres alcooliers internationaux?
Non, non, un peu de bon sens voyons...Trêve de coups d'épées dans l'eau aussi insignifiants que circonstanciés.
Je ne vous ferais pas l'affront de vous rappeler combien ce modeste blog aime, adule et adore cette formation new yorkaise séminale et fondatrice, vous en trouverez les preuves ici et .
Seuls quelques albums de ce groupe sont encore épargnés par notre furia velvetomanianesque, tort que nous allons combler un peu plus avec ce billet.
Mais pas de panique mes amis, vos oreilles, déformées quotidiennement par de la pop guimauve insipide, de la minimale merdique (car seulement bien quand elle s'écoute bourré et défoncé le tout entourées de nymphes dévêtues) ou de la varietoche qui ne dit pas son nom (genre chanson à texte sous vernis indé) n'ont ici rien à craindre.
Pas de violon torturé, ni de guitare fuzzy. Niet, nada, wallou.

Que du bon commercial.

Mais comment? Mais pourquoi donc? Comment ne pas retrouver la décadence grise et morbide traduite en notes? Comment ne pas dresser la juste et vraie fresque sonore de ce vice urbain quotidien, de cette dépravation habituellement assumée?
Et bien pour la bonne et simple raison qu'en cette bonne année 1970, Lou Reed et John Cale s'embrouillent, clash final. Le violoniste musicologue surdoué et torturé capitule, range son archet, son lutrin et se taille.
Idem pour Maureen Tucker, la batteuse rouquine cultivant soigneusement ses beats d'Homo Erectus se barre aussi, en cloque jusqu'aux yeux. Les fans moyens sont médusés, cette batteuse à la démarche d'ouvrier du BTP, n'était manifestement pas si lesbienne que ça !

C'est donc avec un nouveau line up que Lou Reed arrive en studio, assisté par un nouveau venu, Doug Yule, un musicien enthousiaste content de faire partie du voyage.
Notre Lou se pointe donc détendu, soulagé ne ne plus avoir à faire face aux tensions continuelles l'opposant à Cale. Il se pointe avec dans ses poches, parmi quelques sachets de substances aussi dangereuses qu'illicites de très bonnes et assez anciennes chansons et une ferme envie de chatouiller le Top 50 US (aussi bien pour des raisons de contrats que d'orgueil personnel, des motivations récurrentes chez le personnage).

Le ton de l'album est donné d'entrée de jeu avec "Who Loves The Sun", la voix mélodieuse de Yule se cale parfaitement aux riches chœurs et harmonies vocales qui se déploient en canon. La richesse mélodique et ces entremêlements de voix prennent à contrepied l'auditeur de la rue, voyant ce groupe comme une clique de drogués nihilistes. Ne nous laissons pas tromper par ces merveilles pop, le Velvet n'a pas changé, les petites comptines douces ont toujours fait partie de l'aventure, et ce, dès le tout premier album.
L'album démarre fort, car il ne faudra pas aller plus loin que la deuxième piste pour trouver un véritable hit, "Sweet Jane" repris par tous les groupes dignes de ce nom et mêmes les fanfarons les plus moqueurs à l'instar des Cowboy Junkies et de Starshooter.
La voix granuleuse de Lou Reed, même fragile au moment de l'enregistrement se déploie avec la rondeur et la bonhomie d'un bagel new yorkais.
Que dire alors de la mélodie simpliste, cette ligne de basse affriolante, de ce tempo parfait, portant admirablement un songwriting poussé, poétique. On est là nous aussi, assis au coin du feu, la TSF branchée en compagnie de ces middle classers compassés.
L'introspection profonde continue avec "Rock And Roll", la fameuse rock and roll radio chantée elle aussi plus tard par les Ramones. Cette chanson est largement autobiographique, Lou Reed ayant toujours affirmé qu'il avait découvert la musique via le poste de radio familial, duquel sortaient les airs les plus merveilleux qu'il n'ait jamais entendu. C'est le petit Lou, fan absolu de Bo Diddley qui chante ici.
Le côté laid back et détendu de "Cool It Down", son piano et ses voies overdubées place directement le groupe dans la grande traditions de ces premiers groupes de pionniers rock (et plus particulièrement rockabilly à l'époque). Mr Reed a d'ailleurs confessé depuis qu'il n'a jamais été capable de sortir un blues décent, seulement des tocades rockabilly héritée de son enfance.
"New Age" est un récit doux amer intimiste narrant la rencontre entre une vieille gloire du grand écran et un fan transi. Les chœurs étouffées et les pistes d'harmonium vous réserveront quelques surprises.
Ces belles exécutions, diablement bien livrées ne doivent pas nous faire perdre de vu le fait que le Velvet est avant tout un sacré groupe de rock. Une base inamovible de guitares grattées à l'os et de batterie percutante "Head Held High" tombe à point pour nous le rappeler. Si la voix se fait plus éraillée et cassée, c'est encore des souvenirs d'enfance que le groupe touille et remue.
Les mythes américains ne sont pas épargnés, "Lonesome Cowboy Bill" mêle cowbell groovy et yodel focenné. Les parties de guitares s'égrènent se suspendent, chutent et repartent. Ce n'est plus une chanson, c'est une bagarre de saloon. Le far west existe encore.
Si la chanson en question fleurait le whisky et la graisse à cuir, la suivante est faite d'un tout autre bois. On jurerait que le groupe a piqué des albums aux Beach Boys et aux Beatles, les détroussant de leurs harmonies vocales. Lou reprend le dessus à mi-chanson, en parlant son texte sur une délicate mélodie, comme l'écrivain-chanteur qu'il a toujours souhaité être.
La seule once de dureté dans "I Found A Reason" est cet effleurement de guitare distordue lancinante.
"Train Round The Bend" prend le contrepied total dans un retour aux sources, piano et guitares chuintantes, irritantes et crispantes comme des cigales électriques méridionales. Le genre de son répétitif qui vous transperce les oreilles pour vous percuter le cerveau. Le chant se libère et avec lui sa cascade d'onomatopées primales.
Lou reed a toujours dit lui même que la plupart de ses chansons tenaient sur 3 accords maximum. On jurerait que la chanson suivante a été calquée sur ceux de "New Age".
"Oh! Sweet Nuthin'" pose la même ambiance Jazzy et décontractée, cultivée dès 1965 avec la naissance même du Velvet Underground. Le solo s'étend, comme si le groupe ne voulait pas refermer le chapitre de l'histoire de l'un des groupes les plus influents de l'histoire du rock.
Et puis l'aventure meurt ainsi, avec un soupir posé sur un dernier accord plaqué. Et un Lou Reed qui se voit à présent dactylo dans la boite de son père (véridique).

Car oui, c'est un des traits majeurs de Loaded, une collection de petites madeleines de Proust.
Des balades plus sucrées, taillées pour un format FM. Certaines réussiront en effet à percer. D'autres, (d'aucun diront les plus intéressantes) iront rejoindre les piles d'invendus poussiéreux de Tower Records sur la 5ème. En attendant qu'un touriste s'en saisisse, à 4$ avant la fermeture définitive, comme un souvenir de NY, au même titre que la casquette des Yankees et de la boule à neige de la Statue de la Liberté.
D'autres paieront plein pot pour des éditions augmentées, valant largement le coup, avec leur plein de face B fortes et magnifiques qui essaimeront jusqu'à la période "Berlin".

C'est peut être ça cette fumée rose qui remonte les escaliers, les bribes vaporeuses d'un pays de cocagne que certains ont une dernière fois relaté, avant s'éclipser, pour réapparaitre ailleurs. Les ferments du Lou Reed solo des vingt prochaines années était bien là, cachés dans la bouche de métro.
Faites gaffe la prochaine fois que vous ferez biper votre passe navigo, vous pourriez bien les croiser.