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samedi 6 février 2010

Rock and Roll in your daily life (part 9)

Occupé par une vie aussi remplie qu'excitante, je n'ai rien pu poster ces derniers temps.
A mon grand désarroi. Alors voilà, je fais un petit retour en douceur avec une modeste contribution à même de redémarrer la machine, tel le starter d'une vielle Volvo. C'est toujours pareil, on sait que ça va être chiant et dur, mais qu'un jour ou l'autre, la caisse va redémarrer dans un hoquet bruyant.
Ce carton qui traine dans ma chambre depuis le retour de big LDN, m'obsède. Bourré de livres et de cours, qui, un jour ou l'autre finiront à la cave. Mais dans cette histoire, le contenu est secondaire.Trop flemmard pour le descendre, je préfère contempler le magnifique logo qui rappelle indubitablement celui du fameux label mancunien Factory Records. Très étrange pour un carton contenant à l'origine du matériel médical.

Quoique, quoique...mais oui :

"In the hand of one of the assistants, she saw the same instrument which they had that morning inserted deep into her body"


Oui, no life at all in the house of dolls, no love lost, no love lost.

vendredi 27 juin 2008

Noir c'est noir...

Il faisait beau et chaud, maintenant il fait froid et le temps est moche. Une chape de nuages de plomb semble écraser nos têtes. La pluie délave une énième fois les murs de briques et dévale sur le bitume gras et luisant avant de dégouliner par flots irréguliers dans le caniveau.

Nous sommes à présent fin prêts pour écouter Joy Division.

C’est un groupe de caractère, comme les camemberts à la télévision, ils puent la tristesse et la mal être mais sont quand même délicieux. Je ne ferais pas à ce grand groupe l’injure de le comparer à un fromage à pâte molle, si noble et délicieux soit-il, mais c’est le principe que je voudrais juste illustrer.

Pourquoi se pencher sur un groupe si sombre et cafardeux, évoluant dans un délire et une ambiance si noire et claustrophobe ?

Pour la bonne et simple raison, que depuis Baudelaire, on sait que les diamants sont parfois noirs. De la même noirceur dont était voilé le cerveau épileptique de Ian Curtis, trop réactif aux émotions et à la lumière blanche. Un rocker poète torturé, et gaspillé, éreinté trop tôt par la vie et ses affres, un mariage trop tôt ainsi qu’une petite fille trop vite arrivée. Mais réduire Joy Division à son chanteur à la voix caverneuse ne serait pas juste. Il faut souligner l’importance de son groupe, plus qu’affûtés, méchants et froids comme une lame de scalpel, à la rythmique irréprochable. Avides de vous faire connaître des plaisirs inconnus, qu'il ont continué à explorer par la suite sous le nom de New Order.

Ce premier effort démarre en trombe, avec un morceau bouleversant, « Disorder », un appel déchirant à l’amour paternel et filial d’un jeune homme désespérément seul et perdu. La rythmique sèche bat comme un cœur serré, étouffé par la tristesse et le temps qui s’enfuit, dont l’aorte est déchirée par les saillies de guitares coupantes rêches comme le bitume mancunien. Le ton est donné.
« Day of the Lords » ressasse encore les interrogations sans fin du jeune Ian sur la vie, ses mystères et sa quête insatiable de vérité, sur un ton martial et solennel de mage lunaire.
Notons ensemble comme la voix est enterrée dans le mix, donnant à tout l’ensemble un aspect lointain et éthéré, « Candidate » est la meilleure façon de s’en rendre compte tant l’instrumental est dépouillé et minimaliste. On y parle de mort, d’isolement et de moment fatal, dures prémonitions si il en est. « Insight » est l’occasion de se rendre compte des premières expérimentations synthétiques et électroniques menées par le groupe, comme l’intégration au morceau de grands fracas et de buzzements étranges.
Il en sera de même sur « She’s Lost Control dans lequel le sépulcral Ian nous raconte la première crise d’épilepsie à laquelle il a assisté dans les locaux de l’ANPE où il travaillait.

L’auditeur averti saura que les « pschits » ne sont pas des sons de batterie électronique mais bel et bien le sifflement d’un spray actionné en rythme par le batteur Stephen Morris.
Ces expérimentations, bien que novatrices et importantes n’occultent pas la prépondérance classique et traditionnelle de la basse droite de Peter Hook.
L’intro de « Shadowplay » est le moment de s’extasier sur la finesse du martelage de ride du batteur, un court répit avant la violente attaque de guitare du toujours cravaté Bernard Sumner, tombant d’abord comme un parpaing, pour remonter parmi les ondes et tout démolir de nouveau. Notre ami Bernard avait retenu les leçons du punk, cultiver des lignes simples et aiguisées. La cohérence du mouvement new wave est d’ailleurs telle que l’on croirait les deux minutes et quelques de « Interzone » sorties d’un album de Wire ou du Gang of Four de par les voix écorchées présentes et leurs tresses mélodiques rageuses.
On croirait aussi « Wilderness » tout droit sorti des grands PIL, la voix réverbérée raisonnant comme dans un bunker berlinois de 1945.

Dans « I Remember Nothing », Ian Curtis parle ouvertement de sa maladie, à savoir l’épilepsie, engendrant malaises, crises et instants de grande faiblesse, sans compter les effets secondaires des médicaments, comme les hallucinations et des pertes de mémoires.
Son monde à lui, noir et brumeux, sa douleur nous est difficilement accessible, tant elle est ressentie profondément dans sa chair.

C’est ça dans le le fond, tout l’essence de Joy Division, transformer des sensations ténues et passagères (pour les moins dépressifs d’entre nous) en une explosion glacée émettant d’aveuglants rayons de lumière noire.
Finalement, Romain Gary nous a donné la promesse de l’aube, Joy Division nous a offert la promesse du crépuscule. Libre au fantôme de Ian de la tenir.

mardi 15 avril 2008

Swinging Singles

Il en est de la punk music comme de la vie, on en a qu’une seule mais on en parvient à s’en demander par quel miracle elle est peuplée de personnages si originaux et différents.

Le moins que l’on puisse dire est que le petit groupe au nom de farce lycéenne dénote dans la vague cuir et épingle à nourrice de l’époque, gravée à jamais dans un inconscient collectif à deux euroballes appelée culture pop.
En effet, avec sa prose romantique et ses chemises à jabot colorées, le cercle des poètes disparus de Manchester tord le cou à bien des idées reçues.

Puis on dira ce qu’on voudra, mais les singles punks de 2 secondes 30 étaient une super formule, sortant toutes les semaines, et aussi prestement pressés qu’enregistrés, permettant toutes les folies, de la blague grasse aux brûlots furieux.

Le tout disponible pour 10 francs Giscard, chez le disquaire du coin.

Il faut dire que dans ce domaine, les Buzzcocks excellaient, tout comme leurs compères Clash dans le domaine et, trop généreux dans l’effort, ils arrivaient littéralement épuisés sur leurs albums.
L’écoute, même distraite et parcellaire de cette anthologie suffira à vous en persuader.
C’est pour cette raison, délicieusement subjective que j’ai choisi de vous parler de cette Singles Anthology.
On ne se bornera pas ici à l’exercice fastidieux de la critique exhaustive de chaque chanson présente, nous allons juste picorer ensemble à ce roboratif buffet.
Séparons les bons grains de l’ivraie et bannissons les errances electro pop new waves maladroites bien que sincères et gardons les fulgurances mélodiques des poètes de Manchester.

N’y allons pas par quatre chemins, au sujet du CD n°1 : ne retenez que les singles repris sur la compilation I Don’t Mind The Buzzcocks ou plus récemment rééditée sous le nom original de Buzzcocks Finest, les imprécations mélodiques en valent le coup. On n’y rajoutera que le sempiternel « Orgasm Addict » pour l’histoire avec un grand H. Le reste étant insupportable pour un public non amateur, rien qu’ou niveau des feulements de voix pubères.

Dans le CD 2, le groupe marche dans la pop dégourdie, rien qu’avec la première chanson « Are Everything » et ses violons 80s.
Les imprécations poético futuristes de ces Beatles punk se matérialisent sur « Airwaves Dreams » avec une ronde guitares lointaines et lancinantes pas si éloignée de celles de leurs petits frères de Joy Division.
Pour vous en convaincre écoutez l’intro noyée dans l’ombre de la très sombre « Strange Thing », la filiation Mancunienne n’en devient que plus évidente.
Le cri du cœur « Why Do ou Know ? », saupoudré de saxophone (80s oblige) entraînera n’importe qui vers des sommets de nostalgie kitsch pré 1989.
Toute l’ambiance de ce disque illustre à merveille la glissade mainstream qui se rapproche ouvertement de Blondie, la très dansante « Serious Crime » est juste un appel à se bousculer sous la boule à facette, même si la reverb de caisse claire 80s est dure à avaler de la part de ces jeunes gens un peu plus expérimentés. Les quelques titres live glissés comme bouche trous rendent justice à ce groupe dont les guitares live énormissimes vous submergent violement comme une cuite au Gin encore fraîche.
« Inside » est une bonne tranche de classicisme, plus proche du live laissant de coté les orchestrations bizarres et les effets ampoulés de la plupart de leurs titres de l’époque, on y retrouve une touche de spontanéité et simplicité joyeuse fort plaisante.
Comme lorsque vous sortiez plus tôt du collège à cause d’un prof absent vous savez ?
La gueulade « Trash Away » peut être considéré comme un hommage aux Stooges à la sauce Anglaise.

Le CD 3 est juste un excuse pour frimer, contenant des lives, démos, une grande interview très instructive et quelques prestations plus récentes et amusantes comme « Thunders of Heart » qui sonne comme du Buzzcocks déguisés en Weezers dopés au Cindy Lauper.

On restera béats devant la rapidité de « Jerk » et ses cœurs, c’est dire le niveau technique atteint par le combo à la fin de sa carrière et le niveau respectable de ses titres récents comme « Sick City Sometimes » sorti en 2004.

Comme vous l’aurez sans doute compris à la lecture de ces quelques lignes que cette compil’ est d’abord réservée aux total fans des Buzzcocks et autres amateurs de bizarreries pop new wave, parfois un peu limite dont je fais à mon corps défendant partie. Mais bon, avouez le, à ce prix, 9€ pour 3 CDs, disponibles dans une chaîne magasins de produits culturels dirigée par un milliardaire anglais excentrique, que demande le peuple ?

Ah oui, pour le même prix, des pots de gels super-duper fixants ou une place d’UGC le week end pour Asterix et les Jeux Olympiques.