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mercredi 9 juin 2010

L'armée des tocards

Comme si l’on était tous parfaits. Comme si nous étions tous autre chose que des Karl Lagerfeld et des Lady Gaga de salon. On a tous déjà eu ce sentiment, d’être fondamentalement mauvais.
Oui, vous vous souvenez, au collège et au lycée, ce prof qui pensait que vous n’obtiendrez jamais la moyenne demandée en math…
Et bien des fois, la nature humaine se révolte, et l'on travaille d'arrachepied pour leur prouver à tous qu’ils avaient tort, et que pour une fois, une seule et unique fois que l’on valait mieux que ça.On décrochait un onze sur vingt (ou mieux pour les plus motivés) et on avait, par ces quelques traits tracés sur une copie littéralement craché au visage du responsable de nos souffrances.
Si vous avez déjà ressenti ce genre de sentiment, vous  partagerez ma passion pour les petits, les habituellement médiocres qui ont sué sang et eau une seule fois pour toute. Le tout pour une petite place au top 50 et voir leurs piles de 45 Tours fraichement pressés  fondre comme neige au soleil, avant de disparaitre définitivement dans l’anonymat.
Oui ces gens pour qui j’éprouve une passion particulière sont les « One Hit Wonders » ou «merveilles d’un titre» en français.
Ils fourmillent dans de magnifiques compilations qui comptent des quantités insolentes de gemmes et de pépites cachées.
Les compilations Nuggets, Children of Nuggets ou alors, la quantité chavirante des Pebbles disponibles sur Internet via d’excellents labels pourront vous en convaincre.
Mais vous n’aurez pas toujours besoin de courir après ces merveilles publiées avec amour sur des labels indépendants.
Car parfois des miracles ont lieu, car oui, ce genre d’accidents industriels musicaux arrivent.
Il arrive en effet que de temps en temps des Majors désireuses de rentabiliser leur fond de catalogue pressent les meilleurs hits et faces B de leurs gloires inconnues en petites quantités.
Elles empaquètent le tout sous une Jacquette aussi mensongère que putassière et cèdent cette compilation a bas prix afin de faire vite partir les stocks.
L’affaire est vite oubliée par les protagonistes eux mêmes, l’actualité étant rapidement accaparée par la sortie d’une merde grand public infâme, mais un peu plus rentable pour la boite.
Ces merveilles de bacs à solde oubliées comblent maintenant les mélomanes que nous sommes, bénissant les directeurs artistiques ou les chefs de produits de ces grandes maisons de disque pour avoir été si connaisseurs, ou  inconscients. C’est le cas pour la bien nommée « Burning Sounds! 20 power pop killer cuts ! »
On ne rentrera pas ici dans les détails biographiques des divers groupes venus de tous horizons Garage, Punk, Rock et Pop présents sur cette compile.
Cependant le fait marquant pour l’auditeur est qu’un un trait commun les unit tous : l’amour d’une musique aussi flamboyante que rythmée, donnant aux prestations des diverses formations une touchante unité.

Dès le titre d'entrée, on aura compris le ton aigre doux de la compilation avec "Shake Some Action" un titre tardif des héros Californiens du Rock Garage à savoir les Flamin' Groovies. Cette longue complainte posée sur des entrelacs amers de guitares tristes, et déjà nostalgiques d'un temps qu'elles ont crût à peine voire passer.
Le tube suivant est une cathédrale de pop rock Kitsch totalement improbable portant le nom proverbial "Overnight Sensation (Hit  Record)" implorant les dieux du succès dans une magnifique supplique. Imaginez vous mélanger du Elvis Presley (pour la voix) , du Beach Boys (pour les harmonies vocales), du Elton John (pour le piano)  et du Queen (pour la prestance et les guitares) le tout dans un élan glam anglais. Le pont proprement hallucinant à 3'00 suffira à vous convaincre du génie ignoré des Raspberries.
L'étrange patchwork  que constitue ce disque continue avec un groupe de Pub Rock, Brinsley Schwarz, notoirement connu pour avoir pillé Crosby, Stills, Nash and Young et Grateful Dead.
Les traces de ses influences dans "The Ugly Things" ne sont pas si évidentes du tout, et la tristesse et la mélancolie du groupe n'ont pas vieilli.  La chanson suivante "SubRosa Subway" dont seul le titre à quelque chose à nous offrir ne restera pas éternellement dans les mémoire, comme le groupe qui l'a produit : Klatuu.
Un groupe qui pour la petite histoire a été vu comme les Beatles de 1976. Une petite hype qui n'a pas empêcher leur unique album d'être un four, la vague pré punk et ses descendant ayant déjà tout emporté.
La création du groupe des anglais The Babys est nettement plus convaincante. "If You've Got The Time" dont les solos ardents sont tout droit tirés des Nuggets et une conviction stupide digne d'un David Lee Roth gonflé aux stéroïdes anabolisants emplissant l'effort d'un souffle épique.
Le groupe suivant, et (oui cher lecteur nous n'égrainons ici qu'une simple liste de damnés du rock, alignés contre le mur de la fatalité attendant le geste du bras d'un commandant de peloton Salvadorien moustachu et suant).
The Boyfriends, au nom aussi magnifiquement cul-cul que bravache produisent quand à eux un surprenant mélange de rock sentimental énergique émaillé de claviers qui pourraient être tout droit sortis des rêves de Steve Nieve. "I'm In Love Today" est un vrai petit bijou de rock pop au sens noble du terme.
"Starry Eyes", une chanson de The Records ressemble fort à un titre de Eddie and the Hot Rods. Encore bourré de références sentimentales amères et tristes, d'histoire de ruptures, de souffrances et de haines passionnées complétement contenues.
Celle ci ayant la simple prétention d'envoyer l'auditeur droit dans le mur et sans autre forme de procès.
La formation suivante, une des plus intéressante de l'album car menée par Glen  Matlock, bassiste original des Sex Pistols et fan inconditionnel des Beatles.
Ce dernier ayant été chassé pour cette même raison du groupe qu'il avait contribué pour une grande part à fonder (et oui, c'est sa basse que l'on entend sur plusieurs pistes de "Never Mind the Bollocks"), le tout pour être remplacé par ce petit junkie sans talent ni envergure de Sid Vicious. "Burning Sounds" est le titre éponyme de cette compilation, délivré pas la formation punk que représente les Rich Kids. Tous les ingrédients sont ici au rendez vous: guitares dures et écorchées, riff simpliste batteries sans concessions et morceaux de bravoure (le "Burn !" à 2'08 et le solo qui s'en suit dans un écho de reverb dégoulinante de volts).
Le groupe suivant, The Knack, un groupe de pop de la région de Los Angeles, solidement nourri d'influences sixties (des cœurs de Beatles, et une guitare empruntée aux Kinks aussi mutine que sautillante).
Il ne faut toutefois pas nous laisser berner par la bonhommie de la mélodie et sa livraison emprunte de fraicheur dégourdie. C'est bien de tourments que l'amour dont l'on parle ici (et oui, encore) et de fort belle manière. Je mets personnellement au défi tout mâle hétérosexuel normalement constitué  (même votre serviteur)  de ne pas se reconnaître dans "That's What The Little Girls Do" et  les imprécations empruntes de doutes et d'hésitations adolescentes qu'elle délivre.
La prochaine chanson est une création somme toute originale des Barracudas, ceci pour la simple raison que c'est une des seuls chansons issue de la vague néo Surf des années 80. [What the fuck people?].
Néanmoins on ne pourra que louer cet effort, débutant par une introduction sonore livrant avec un  brio dramatique une gravité et une solennité toute maritime (ressac et cris de mouette à l'appui). "His Last Summer" raconte de décès de Ricky, surfeur de son état et frère de vague. Son dernier été, à la recherche de la vague parfaite et du tube de trop. Les refrains entrainants sauront vous convaincre qu'un "surfing suicide" est un concept possible, viable et tout à fait crédible. On passera vite sur "Long Lonely Nights" dont les claviers 80s et les trompettes ont fort vieilli. Le titre suivant étant bien plus intéressant.
Hormis un nom aussi mystérieux qu'improbable The Pale Fountains livre un morceau tout aussi cryptique "Jean's not Happening" un mélange de pop Beatles débuté sur une attaque de guitare tournante destructrice qui meurt dans un dernier relent de Joy Divison fugace. Les violons dramatiques rajoute une touche de beauté tout aussi grandiloquente que solennelle à l'ensemble. Comme un glaviot que l'on aurai craché de Manchester Jusqu'à l'estuaire de la Mersey.
La prochaine chanson "Fell" des Let's active  est une ballade sentimentale portée par une voix déçue et plaintive, pleine d'amertume et de regrets. "Vanishing Girls" elle rappellera des souvenirs aux auditeurs émus d'une autre compilation citée precedemment "Children of Nuggets".
Vous pourrez encore me dire que vous en avez marre des noms de groupes proprement mirobolants, mais auvouez tout de même que The Dukes Of Stratosphear" est au moins aussi incroyable que  les tressaillements de la basse à 0"15 secondes.
On cessa les pleurnicherie sur un heavy beat de batterie et une batterie turgescente, sans oubliés des paroles stupides d'amertume colérique. Encore le sempiternelle histoire d'un cocu qui souffre "Hard To laugh" est un monument de chœurs collectifs et de cymbale ride. Une belle ironie globale pour un groupe portant le doux nom de Poursuit of happiness, l'histoire no vies en somme, n'est-ce pas ?
On renoue avec la guitare sèche sur "Baby's Coming Back" interprétée par Jellyfish. Autant dire que la chanson est belle malgré des arrangements au sax et au clavier totalement badant (oui, je trouve ce mot  tout à fait à propos) et une voix de chanteur à la croisée de celles de Slimmy et Mika des mauvais jours.
Autant le dire, la chanson suivante est un mix de beaucoup de choses, personnellement,  je la définis comme une voix de Happy Mondays mixée avec du Beach Boys feats Status Quoi sauce-dance-kitsch-grand-guignolesque. C'était "Everything! (A Song For Dennis Wilson)". Mes amis, je vous le dit de but en blan, la chanson qui suit est juste énorme. L'œuvre d'Orange un combo de punk californien pétris de fuzz et de Beach Boys maniant l'alternance de tempo avec une facilité et une richesse d'arrangements insolents.
Après "Lucy In The Sky" il y aura "Judy Over The Rainbow". Daryll-Ann reprend le flambeau d'une manière tout aussi bouleversante avec des grandes plages de guitare tordue, piquées aux Pixies (caisse claire sèche) et à My Bloody Valentine (guitares velociraptor) mais traitées et arrangées avec un vernis pop-rock faisant la part belle à des solos vibrants et chevrotants.
Le plus beau étant la fin "Good Thing" s'arrète tout net. Quelle audace !
Autant vous prévenir toute suite la piste d'après, Shangri-La vole les premières notes de "A Day In Life". Ne vous méprenez pas, mes amis, ce n'est pas du vol. Ce morceau n'est d'autre qu'un hommage de 7 minutes 30 aux Beatles. Les connaisseurs s'amuseront à reconnaitre des passages de "Hey Jude" et des chœurs et des trompettes de "Magical Mystery Tour".
Decidemment, The Rutles ont été un très bon tribute Band.
Et c’est avec ce fade out sonore interminable que se termine cette compilation.

Oui, la compilation, ce format maudit, celui des inconnus et des sans grades. Méprisé tout entier par certains puristes, car n’étant rien d’autre qu’une liste de courses (comme cette chronique d’ailleurs, pardon à tous).
Avec toute leur humilité ceux-ci nous ont bien montré une chose.
Même englués dans notre quotidien et nos soucis. Il faut essayer de voir plus loin. Comme ils l’ont fait.  Dans un élan contemplatif et désintéressé absolu, quitte à se prendre en plein front la vicieuse et ultime balle tirée par la citadelle du destin.
Ces chansons valent le coup, même consommées sur des grandes plateformes d’écoute de musique en ligne, des mp3 surcompressés pourraves, les uns à la suite des autres, à la manière d’un gros gamin gâté et immonde.
Oui, elles valent sacrément le coup, stéréo et mono, prises studio et lives, originales et reprises confondues, petits labels ou grandes maisons de disque.
Elles nous rappellent tous les jours qu’elles valent le coup de se battre pour elles, de toujours combattre, de ne jamais se rendre. De ne jamais nous rendre.
Ils pourront alors mettre nous dépouilles en tas sur une chariotte, avec celles des derniers forcenés du quotidien, ces derniers navrants résistants de la loose.
Le bourreau ventripotent pourra alors distinguer parmi les loques débraillées et malgré les taches de sang caillé sur nos visages un sourire satisfait. Le plus insupportable de tous à ses yeux : celui que seuls les gens heureux arborent.



mercredi 1 juillet 2009

Purple heart

Tout le monde avait été trompé. Niqué. Entubé. Arnaqué. Une jeunesse stupide, dispersée aux quatre coins des cinquante états des Etats Unis d’Amérique vivait enfin son rêve. Ils avaient obtenu ce qu’ils voulaient. Les copains rentraient enfin du Vietnam, l’herbe circulait, leurs tomates bio poussaient bien. Le gouvernement avait enfin toléré l’existence de communautés autonomes dans le désert, enserrées dans des mobil-homes rouillés, hébergeant paisiblement des hordes d’enfants de l’amour dans d’épaisses volutes de prog rock psyché.

Ces gens là, comme beaucoup, avaient oublié. Oublié beaucoup, voire trop de choses. Surtout oublié que leur pays était finalement le plus génial du monde. Celui qui avait vu naitre le rock and roll et s’envoler Elvis, Chuck Berry, Buddy Holly et Little Richard vers des firmaments incroyables. Cette bannière sur laquelle ils crachaient, c’était eux tous. Cette énergie féroce primaire, cette spontanéité et cette sincérité, ils l’avaient perdu, égaré en route au tournant de la fin des sixties. Elle s’était définitivement étiolée et évaporée à chaque bouffée de joint, à chaque gobage d’acide. Ils s’étaient tout bonnement perdus en route.

Seuls des poignées de parias incompris continuaient en 1972 à touiller ce qui était considéré par la classe hippie bien pensante comme un brouet réactionnaire et passéiste infâme.

Ils répondaient au nom de Stooges, Velvet Underground, New York Dolls. Les francs tireurs, les derniers des mohicans, réunissant des poignées de partisans éparts et agitant le maquis à grands coups d’albums terminaux, de concerts sauvages et de happenings réjouissants. Des passeurs pour les générations futures. Ceux qui nous intéressent ici sont les plus méconnus d’entre eux : les Moderns Lovers.

Les moins connus car les plus classiques, conformes et sages. Cette apparence ne saurait pas égarer le jugement du mélomane averti. Le leader charismatique des Lovers était en effet Jonathan Richman, bon à rien et fan notoire du Velvet qui file rejointe son groupe fétiche à New York sitôt le bac en poche. Il traine 9 mois las bas à squatter le canapé du manager du groupe et rentre dans sa Boston natale (ville aussi fertile de groupes que la grosse pomme, les Pixies vous le confirmeront), métamorphosé, il se met dans la tête de créer chez lui un groupe au moins aussi bon. Il sonne chez un vieil ami d’enfance et guitariste John Felice, le bassiste Rolf Anderson et le batteur David Robinson qui répondent présent. Les deux derniers claqueront la porte un an plus tard. Pour être remplacés par des étudiants de Harvard (oui Madame), Erny Brooks et Jerry Harrison. Richman porte les cheveux courts et le complet cravate, bardé de ses deux nouveaux acolytes, ce groupe n’incarne pas les clichés rock de l’époque. Le groupe joue dur, tourne dans la région de Boston et écrit ses premiers morceaux qu’il enregistre pendant des sessions parfois entrecoupé d’un an. Le combo est finalement signé sur Warner et parvient à décrocher comme producteur John Cale, en bon fanatique du Velvet. L’album éponyme qui nous intéresse ici aura donc été enregistré à la coule, durant maintes sessions et en différents endroits sur plus de 4 ans, car sorti en 1976. Album d'ailleurs sorti après la dissolution du groupe, un véritable patchwork pour que la major puisse enfin se mettre quelque chose sous la dent et remplir les caisses. Une trajectoire cométaire illustrant parfaitement le style détendu et carrément j’men foutiste du combo.

Pas de performance vocale, de torse poilu dégoulinant de sueur. Une nonchalance provocante, pourquoi se donner du mal à hurler comme tout le monde ? Pourquoi le faire quand une poignée de mots jetés dans un micro à la va-vite fait bien plus que 120 db vomis par le premier routier du coin ?


Autant le dire tout de go, l'album commence avec ce qui est devenu avec le temps un classique. "Roadrunner" est aux jeunes automobilistes en fugue et désœuvrés ce que "Born To Be Wild" est aux bikers du monde entier. Le morceau retrace en quelques minutes la plénitude qui vous saisit, lorsque vous vous laissez guider par la direction souple d'une Lincoln, les fermettes du Massachussets déroulant dans leurs écrins de verdure, et la radio crachant ses standards dans son flot de décibels. Le groupe ne renonce pas aux grandes parties de clavier et de cornemuse (John Cale ?), rien n'est trop beau. Rotten, l'avait compris, cette chanson sera une des premières reprises par les tous jeunes Sex Pistols alors appelés "The Strands". Les rêveries et l'ennui adolescent (tonight I'm all alone in my room, I go insane) la décrépitude morale et sentimentale qu'ils engendrent, la source de regrets insondables qu'ils entrainent sont une thématique majeure du groupe. "Astral Plane" parle de solitude et d'abandon, cet avion dans lequel embarque le jeune Richman est celui de ses rêves. Celui qu'il prend avec sa petite amie qui ne se pointe jamais. Un vol de nuit version 1976, servi par des nappes de synthés et une guitare grattée à l'os, rappelant certaines parties de Copperhead.
Le groupe vient de Boston, une des grandes cités patriciennes de Nouvelle Angleterre, une des plus anciennes, fondée par les premiers colons arrivés dans le nouveau monde. Une ville charmante au demeurant que ce groupe adore, elle et son conformisme désuet servi par de gentils parents. La piste commence comme un Morceau du Brian Jonestown Massacre. Bourrée de bons morceaux de l'ancien monde "I love the 50s !" entend-on, le groupe cultive ses racines et ne crache sur rien, surement par sur les mythes de leur enfance. "Old World" est aussi l'occasion d'insister sur un superbe échange clavier-guitare, un ensemble dynamique composé de gammes savamment orchestrées.
Avec "Pablo Picasso", on assiste tout bonnement à la naissance de la New Wave moderne. Tout se trouve sur ce fond de machisme admiratif pour l'artiste: Les parties de guitares des Talking Heads "Pyschokiller" en particulier, le ton modéré de la voix, mixée en retrait, le rythme entêtant de batterie.
Si on Pouvait soupçonner les Modern Lovers de ne pas porter dans leur cœur les hippies, tout doute est levé avec "I'm Straight', où Jonathan crache sur Hippie Johnny, (celui qui n'a pas de colonne vertébrale) le petit copain de la fille qu'il aime. Il explicite clairement qu'il veut prendre sa place, et que c'est lui le plus malin, le meilleur. Aucune chanson ici, juste un monologue, un texte parlé, et si le coup de fil désespéré dont parle Richman était tout simplement cette chanson?
La piste suivante renferme un joyau de l'imaginaire des Lovers, la relation de couple inexistante, et la solitude qui fait gamberger, le doute, les amis qui partent. Le futur, cette lourde chape de plomb qui effraye, mais pas notre héro, il sera "Dignified and old", et plus jamais seul. Ce morceau enferme aussi de petites innovation et des initiatives des plus séminales pour le mouvement punk en général. En premier les chœurs scandés de manière brouillonne et en seconde les parties de guitares agressives, adoucies par une basse langoureuse et des dentelles de clavier.
L'énergie punk se dévoile plus sur la chanson suivante: descentes de bases, rythme binaires et guitares bourrées de treeble, riffant la même chose en boucle. C'est cela "She Cracked", une copine infidèle qui fait des conneries, bien trop de conneries, une complainte énervée de petit ami bafoué, qui partageait pourtant des hobbies avec elle, par exemple "les choses européennes de 1943", comme...comme c'est curieux, les Ramones.
"Hospital" peu se lire en deuxième acte de la première chanson, la copine sort de l'hôpital, et lui le chanteur, est toujours amoureux d'elle, malgré tout. Le désespoir, l'hésitation et le doute, une chose qui a fait faillir bien des hommes, vous, moi y compris. La mélodie hispanisante et le rythme slow chanté par une caisse claire reverb (qui a dit 80s ?) montre la direction que la musique en général, ne va pas tarder à emprunter. Les accès de rage rappellent des Doors et leurs incantations voix-clavier. Ce n'est pas une chanson, mais une déchirure interne tant le chanteur souffre. Ce groupe mérite décidemment bien son nom.

Le break d'entrée de "Someone I Care About" part lui aussi comme une fusée. On remarquera que le thème encore abordé sera la recherche éperdue de l'amour, le vrai. Une quête menée rage au ventre. Aussi tendue que le beat de batterie, aussi aigrelette et monomaniaque que ces guitares rachitiques et obsédante. Aussi lancinante que cette base hypnotique. La recherche de l'amour absolu et suprême comme ultime but, un graal exutoire. Les Lovers veulent y tremper leurs lèvres.

La ballade la plus touchante et mélancolique de l’album est très vraisemblablement « Girlfriend », dont vous aurez remarqué la subtile allusion au thème principale de la chanson. Ici les voix se calment et l’ensemble devise lentement, accords plaqués et caressés sur les manches des guitares, comme le ferait votre propre main sur la paume moite d’une délicieuse inconnue. Le piano et la voix solitaire donne au morceau des airs de vieux dancings trash, du genre que l’on trouve dans les vieux Novotels de province pas encore rénovés. Vous savez, ces lieux aux sous-nappes roses, où les serveurs ont des cravates vert d’eau et où l’on s’assoie dans de grandes chaises en rotin peintes en blanc, qui grincent et crissent. Le morceau se termine sur une partie de guitare exquise.

Après ce court interlude de romantisme new age assumé, c’est justement de ce « Modern World » dans lequel il évolue que parle la chanson suivante. Une décharge d’adrénaline qui commence avec un break de batterie sans appel et mixe de vieilles guitares rockabilly avec un batterie simpliste, les chœurs remettent à nouveau à plat les premiers motifs punk tissés depuis le début de l’album. Cette chanson est un hymne à l’Amérique, ce qui est rare en 1976 après Vietnam et Watergate. Voilà enfin une chanson d’optimisme, qui parle, je vous le donne en mille, encore d’amour: “Well the modern world is not so bad, Not like the students say, In fact I'd be in heaven, If you'd share the modern world with me ”.

Les Lovers croient tellement à ce mode fantastique et rieur qu’ils décident, d’emmener leur sarabande dans les bureaux des fonctionnaires, faire danser dans les postes et les ANPE. L’atmosphère délétère est renforcée par un piano de Luna Park déjanté, grand instigateur de bazar.


Car oui, les Modern Lovers on contribué, directement ou non à le mettre un certain printemps 1976, il allait arriver en Europe en 1977. Le reste de l’histoire, vous la connaissez plus ou moins bien. On n’aura à reprocher à ce groupe qu’une seule chose : avoir eu raison trop fort et trop tôt. Sacrifiés sur l’autel des fulgurances incomprises, et oubliés du grand public, le sort peu enviable des génies.




jeudi 23 avril 2009

Nom d'oiseau

Ok, tout le monde ou presque se reconnaît dans la mythologie stoogienne, la fratrie sonique, le rock and roll à son paroxysme, intransigeant, séminal, déployant des passions fascistes pour le groupe. Les Stooges ont ouvert la brèche électrique balayant d'un revers de wouawoua vicieuse les effluves psyché des sectes de baltringues en sandales et chemises à fleurs. Bowie avait bien compris ce qui se passait, en explorateur-suceur de génie. Dès la fin de Raw Power et alors que l'iguane barbotait dans les caniveaux et les bordels de New York après avoir réalisé l'ultime coup de l'album le plus pervers de l'histoire, c'est le grand sauvetage, la bouée de secours qui va réveiller le lézard avant que celui-ci ne s'écrase définitivement dans une spirale autodestructrice. C'est en H.P. que Bowie va venir chercher le Igg et lui proposer de commettre un dernier forfait avant l'éden berlinois: les saucisses, les squats arty et la coke en tutu japonais. C'est le point culminant d'une époque, le sommet d'une vague qui va influencer toute une génération de crêteux post-punk, batcave, électro indus en tous genres avant de s’écraser sur le marbre des rochers. De cette collaboration va naître deux trilogies (Low, Heroes et Lodger pour Bowie et The Idiot, Lust for Life et Kill City avec Williamson, que je recommande chaudement).

C'est donc un album à deux mains que nous avons là, bâti dans l'atmosphère opaque d'une ville totem comme un manifeste absolu de modernité urbaine et crasseuse. La voix d'Iggy est d'ailleurs beaucoup plus mature, spectrale, chantant comme un Sinatra d'outre tombe sous amphétamine. Le premier morceau Sister midnight pose les bases d'une rythmique robotique jazzy, les guitares en arrière-plan tissent des mirages d'architecture futuriste monolithique, s entrechoquent dans une micro symphonie de synthés orientés gore italien du début des années 70. C'est un peu la réponse clin d’oeil au Sister Morphine des Stones (Dieu que je déteste cette chanson), sauf qu'ici, c'est plus psychanalytique, tendue sur la corde sensible d'une chute vers des horizons électroniques, informatisés, impersonnels. Les S.S. en cravate ficelle de Kraftwerk et Neu! ne sont pas loin et programment déjà leur moog en révisant leur C++.
Il y a du jazz dans The Idiot, du jazz blanc de bar miteux, des lumières diffuses de clubs 70's, des ectoplasmes à iroquoise et perfecto, des couleurs violacées rendues visibles par le prisme d'une cité fantasmée ou se mêlent ironie et errance. Le très kraut (kraut codec) Nightclubbing, où il est question de déambulation nocturne sur le son de guitares furieuses n'arrive pas à se décrocher de cette rythmique synthétique de piano bar nauséabond ou se côtoient putes célestes et freaks cold wave. Tout l'album est dans cette dualité jazz/électro qui se marrie dans le minimalisme et la glace.

Funtime réintroduit l'espace d’un instant le Raw: tempo serré, solos acides, montée crescendo, effervescence métallique soutenue par un Bowie surexcité background qui donne envie de s'arracher en caisse, faire des burnouts sur le parking d'Auchan ou de faire du patin à roulettes sous la pluie ivre mort. La reverb fait très psychobilly, mais le refrain de Bowie noie le poisson dans des chœurs de zombies macrobios en manque (de sexe et de drogue, il va sans dire). Baby, s'enchaîne sur cette drague décomplexée et propose une comptine romantique ou Iggy crooner exulte d'une romance binaire claustro. La voix touche ici par sa gravité burlesque, joue au funambule sur le fil du rasoir sans jamais s'entailler, parfois jusqu'au dernier souffle du dernier cri comme sur China girl, tube stupide de Bowie qu’Iggy arrive malgré tout à façonner en drama d'hôtel de passe tendance Thaïlande un soir de vin mauvais (et dieu sait que le pinard doit être dégueulasse la bas).
Puis viens le grand hommage, la madeleine sonique noyée dans les remords ou Iggy se pose la question suivante : Où sont passés les Dum Dumb Boys. Vous l'aurez compris, il s'agit des frères Asheton dont Iggy déplore l'absence en se remémorant ses conneries passées et le O'mind de ses 22 piges. La fascination première reste intacte mais la force n'y est plus, même sous le riff marteleur typé Asheton, la maturité ayant fait son érosion. Reste juste la silhouette du monstre électrique comme une chimère d'une autre époque. Epoque qui semble s'être terni au gaz néon, aux reflets troubles des grands panneaux électriques comme ce Tiny girls – tragicomédie de comptoir au saxophone - qu'on pourrait prendre pour une chanson d'amour mais qui n'en est pas une avec son timbre de boulard proto goth.

Pour bien faire il faudrait écouter Low en parallèle , même imagerie, même fusion synthétique de boîte à rythme de magasin de jouets et d'ambiance steam seconde guerre mondiale tendance Varsovie et méchants nazis. L'influence est réciproque, quasi consanguine. Cela donc aurait plus de sens quand vient Mass Production et ses 8 minutes d'atmosphère noisy limite shoagaze, industrielle et entêtante comme pourrait l'être la rengaine d'une chaîne de montage issue de 1984 (ou toute autre anti utopie urbaine). L'iguane se mue alors en prophète new age perché annonçant l'ère décadente d'un modernisme dantesque et lobotomisé type métal hurlant et prison haute sécurité.
Et oui, The Idiot... on comprend mieux la chose à la lecture de la théorie punk applicable sans nul doute à la "bonne" musique, musique déconstruite qui se revendique du bruit pur et simple (Music is for zeros, noise noise noise is for heroes hurlaient les Damned). Un truc d'abruti en somme dont le seul intérêt se résume à la recherche d'un shoot d'énergie primale. Iggy et Bowie restant précurseurs c'est un orchestre de bruits qu'ils proposent et avec eux va la musique binaire, concrète, électronique, idiote, dont on antécèdera les genres de "post" ou de "death" mais qui finalement reste le meilleur (donc le pire) reflet de notre époque. La belle merde me direz-vous ? Demandez à Ian Curtis tiens.

Dorénavant, il faudra compter, en cette fin 77, sur le nœud de la corde du pendue, la nausée. C’est peut être ça le post punk, une gueule de bois collective, la conscience que peut être cela n'a servi à rien, que trois power chords n'auront pas changé le monde et que sur les ruines de la bacchanale est née une vision plus profonde de l'enfermement urbain. Eviter d'être ravalé par la société de spectacle, casser les structures musicales qu'on avait entamé sur des bases classiques, ne plus se référer qu'à des dimensions intimes, des mélodies organiques, des relents. Finis le grand Fuck off, il va falloir faire avec un nouveau romantisme, un nouveau lyrisme qui émerge et qui déjà fait pousser des mèches sur les cranes rasés et des gabardines feutrées sur les cuirs tachées à la bière. La fête est terminée, les parents sont de retour dans la baraque, cachez vite les culs de joints et les packs de 8-6, planquez sous le lit les vinyles des ramones et réveillez les derniers mecs en t-shirt fendus jusqu'au nombril qui cuvent dans la baignoire. C’est fini les conneries! Remarquez la cuite était bonne, le lendemain va être difficile.

Maxence

samedi 6 décembre 2008

Lazy writer


Sorry everyone I'm too busy to post anything, exams are here and everybody knows it's a pretty hard time. I know, shame on me.

But since it's the St Nicolas today, I write it like that, but of course it depends on where you live. I'm posting you a pretty rare picture of one of my favourite french rock band.
Yes, your visit, even for a dumb picture, is currently worthing its while because you can basically count them on the fingers of a chinese fireworks maker.

So enjoy this piece of clever, creative and provocative insight and please try to be patient.

I'm thinking about posting some exclusive content and random notes that I put aside those years. It will be labelled in a special way. Don't worry it will be still related to music, but it's gonna be in French, and not to say Franco French. At your translating machines people.

Anyway, happy St Nicolas !

lundi 26 mai 2008

Poupée de cire, poupée de son

Désolé de le dire, mais New york en 1970 était une des villes les plus chiantes du monde à en croire Sylvain Sylvain. La Sodome et Gomorrhe du XX eme siècle croulait sous une criminalité record et les élites avaient fui le centre ville. La bande de la factory finissait de se dissoudre dans des derniers soubresauts d’acides sixties.
Les intellos les plus résistants comme Martin Scorsese et Woody Allen étaient là, mais la horde des suiveurs branchouilles, les jeunes businessmen et leurs femmes, qui eux, vont voir les concerts, payent les albums et en parlent à leur amis à fort pouvoir d’achat avaient déguerpis depuis longtemps.Les groupes pros vont les suivre ailleurs, les boites de musique, les salles de concert et les dancings ferment les uns après les autres, faute de public…et de groupes.

Le CBGB, (ex Palace Bar) se cantonnait encore à la country et les ramones étaient encore délinquants juvéniles ou livreurs, et zonaient dans le Queens.

Ce désert culturel et musical va commencer à sérieusement ennuyer certains, et la bande de Johnny Thunders en particulier. Ce ritale new yorkais grand teint se mue en guitar hero, maniant avec un style bravache sa Gibson junior, froissant ses riffs agressifs comme autant de boules de papier revêches et les lançant sans autre forme de procès.
Ce style sec combiné à une vénération des grands anciens va directement amener son groupe a pratiquer un glam’ punk déchaîné (punk n’existe pas à l’époque, il sera collé à posteriori).

Les premières notes boogie de l’excellentissime « Personality Crisis » et les notes de piano saloon nous prouve que la vibration primaire ne vient pas de Londres, mai bel et bien du pays des cow-boys et des indiens. Cette chanson illustre parfaitement la façade outrancière et provocante de ce groupe, se produisant maquillés et habillés comme des travelos de Time Square (endroit qui, avant de devenir la boîte à touriste déprimante de maintenant était à l’époque le royaume des prostituées et des cinémas pornos à 25 cents la séance).
Je dis façade, car, Thunders, bien que junkie notoire fût aussi un catholique pratiquant grâce à une mama italienne possessive.

« Looking For a Kiss » parle bien sûr d’un camé cherchant sa dose dans les rues de New York, la mélodie vintage détournée, pourtant d’un classicisme fou fait penser à un Lou Reed dont les mots auraient pu être les mêmes: ”Listen when I tell ya, you got no time for fix,
Cus I just gotta make it, cant afford to miss, And there's one reason, I'm telling you this
I feels bad....And I'm looking for a kiss”.

L’accent d’un pur new yorker comme David Johansen rajoute encore au réalisme.
« Vietnamese Baby » avec son gong d’entrée majestueux et son rythme noir, martial et désabusé, parle des horreurs vietnamiennes qui touchent à leur fin, que cette jeunesse américaine, malade et brisée ramène avec elle au pays.
Après toute cette angoisse, un petit nuage de douceur et d’amour éthéré chanté à mi voix avec renforts de chœurs, saxophones et guitares sèches vient nous charmer les tympans.

Ce n’est qu’un répit avant que la batterie oppressante de Jerry Nolan et sa bande ne revisitent l’icône populaire « Frankenstein ». Ce Frankenstein humain, est-ce eux ? Cette hydre rock’n’roll travestie et choquante ? Ou vous, malades qui s’ignorent et qui obéissez aveuglement aux ordre de vos créateurs ? Les cris gutturaux de la fin ont probablement la réponse.
La basse bondissante de Athur Killer Kane reprend dans un registre bien plus léger, l’enlevé « Trash », un marivaudage urbain sur fond de choeurs enjôleurs.
On continue dans la bonne humeur avec « Bad Girl » où Jerry tombe amoureux d’une délinquante qui repousse invariablement ses avances.
La recette de double guitare croisées et alternées fait son petit effet sur ce morceau ou tout le groupe rebondi allégrement sur quelques accords.
« Subway Train » lui occupe le rôle typiquement New York Dollien de ballade country trash, traînante, comme si les Stones avaient donnée dans le punk sur Exile on Main Street.
Dans le même registre, avec un tempo plus musclé et un harmonica toutes voiles dehors « Pills » est la chanson de défonce par excellence (As I was lyin in a hospital bed, A rock n roll nurse went into my head, She says, hold ya arm, stick out ya tounge, I gots some pills I'm gonna give you some) soutenue par la guitare en apesanteur de Thunder, touché par la grâce, classique sobre et ample comme un hummer sur les routes irakiennes.
L’avant dernière « Private World » joue la blague opéra glam, mais parait à mon goût un peu surfaite.

L’album se termine sur une apothéose, ma chanson de skate session ultime « Jet Boy », dont le riff simplissime et les handclaps vous collent un jetpack dans le dos et vous envoient dans une quatrième dimension urbaine. Le premier punk, libre, sauvage et farceur, cognant comme une escarmouche de panzer et virevoltant comme oiseau.
Tout le monde allait suivre ce chemin clair et simple, cette voie sacrée qui mènerait au renouveau rock de la grosse pomme, pour au moins dix ans.
Ils se sont reformé, mais rien, rien se sera plus jamais comme avant

mardi 15 avril 2008

Swinging Singles

Il en est de la punk music comme de la vie, on en a qu’une seule mais on en parvient à s’en demander par quel miracle elle est peuplée de personnages si originaux et différents.

Le moins que l’on puisse dire est que le petit groupe au nom de farce lycéenne dénote dans la vague cuir et épingle à nourrice de l’époque, gravée à jamais dans un inconscient collectif à deux euroballes appelée culture pop.
En effet, avec sa prose romantique et ses chemises à jabot colorées, le cercle des poètes disparus de Manchester tord le cou à bien des idées reçues.

Puis on dira ce qu’on voudra, mais les singles punks de 2 secondes 30 étaient une super formule, sortant toutes les semaines, et aussi prestement pressés qu’enregistrés, permettant toutes les folies, de la blague grasse aux brûlots furieux.

Le tout disponible pour 10 francs Giscard, chez le disquaire du coin.

Il faut dire que dans ce domaine, les Buzzcocks excellaient, tout comme leurs compères Clash dans le domaine et, trop généreux dans l’effort, ils arrivaient littéralement épuisés sur leurs albums.
L’écoute, même distraite et parcellaire de cette anthologie suffira à vous en persuader.
C’est pour cette raison, délicieusement subjective que j’ai choisi de vous parler de cette Singles Anthology.
On ne se bornera pas ici à l’exercice fastidieux de la critique exhaustive de chaque chanson présente, nous allons juste picorer ensemble à ce roboratif buffet.
Séparons les bons grains de l’ivraie et bannissons les errances electro pop new waves maladroites bien que sincères et gardons les fulgurances mélodiques des poètes de Manchester.

N’y allons pas par quatre chemins, au sujet du CD n°1 : ne retenez que les singles repris sur la compilation I Don’t Mind The Buzzcocks ou plus récemment rééditée sous le nom original de Buzzcocks Finest, les imprécations mélodiques en valent le coup. On n’y rajoutera que le sempiternel « Orgasm Addict » pour l’histoire avec un grand H. Le reste étant insupportable pour un public non amateur, rien qu’ou niveau des feulements de voix pubères.

Dans le CD 2, le groupe marche dans la pop dégourdie, rien qu’avec la première chanson « Are Everything » et ses violons 80s.
Les imprécations poético futuristes de ces Beatles punk se matérialisent sur « Airwaves Dreams » avec une ronde guitares lointaines et lancinantes pas si éloignée de celles de leurs petits frères de Joy Division.
Pour vous en convaincre écoutez l’intro noyée dans l’ombre de la très sombre « Strange Thing », la filiation Mancunienne n’en devient que plus évidente.
Le cri du cœur « Why Do ou Know ? », saupoudré de saxophone (80s oblige) entraînera n’importe qui vers des sommets de nostalgie kitsch pré 1989.
Toute l’ambiance de ce disque illustre à merveille la glissade mainstream qui se rapproche ouvertement de Blondie, la très dansante « Serious Crime » est juste un appel à se bousculer sous la boule à facette, même si la reverb de caisse claire 80s est dure à avaler de la part de ces jeunes gens un peu plus expérimentés. Les quelques titres live glissés comme bouche trous rendent justice à ce groupe dont les guitares live énormissimes vous submergent violement comme une cuite au Gin encore fraîche.
« Inside » est une bonne tranche de classicisme, plus proche du live laissant de coté les orchestrations bizarres et les effets ampoulés de la plupart de leurs titres de l’époque, on y retrouve une touche de spontanéité et simplicité joyeuse fort plaisante.
Comme lorsque vous sortiez plus tôt du collège à cause d’un prof absent vous savez ?
La gueulade « Trash Away » peut être considéré comme un hommage aux Stooges à la sauce Anglaise.

Le CD 3 est juste un excuse pour frimer, contenant des lives, démos, une grande interview très instructive et quelques prestations plus récentes et amusantes comme « Thunders of Heart » qui sonne comme du Buzzcocks déguisés en Weezers dopés au Cindy Lauper.

On restera béats devant la rapidité de « Jerk » et ses cœurs, c’est dire le niveau technique atteint par le combo à la fin de sa carrière et le niveau respectable de ses titres récents comme « Sick City Sometimes » sorti en 2004.

Comme vous l’aurez sans doute compris à la lecture de ces quelques lignes que cette compil’ est d’abord réservée aux total fans des Buzzcocks et autres amateurs de bizarreries pop new wave, parfois un peu limite dont je fais à mon corps défendant partie. Mais bon, avouez le, à ce prix, 9€ pour 3 CDs, disponibles dans une chaîne magasins de produits culturels dirigée par un milliardaire anglais excentrique, que demande le peuple ?

Ah oui, pour le même prix, des pots de gels super-duper fixants ou une place d’UGC le week end pour Asterix et les Jeux Olympiques.

dimanche 13 janvier 2008

Pièce à conviction(s)

Il y a des albums, posés dans l’histoire de la musique comme tant de présences inéluctables, comme les pierres sur le sol, des évidences en somme.On les adore, on les collectionne, on les jette, on les casse, ou on en fait des ricochets, mais comme des boomerangs, ils reviennent toujours dans votre vie.Il en est de même pour le coup d’envoi éponyme du Clash et sa mise sur orbite sur sillon 33 tours un jour de printemps 1977.

Autant vous le dire franco j’aime profondément cet album car il me permet de vérifier deux de mes théories les plus fumeuses et donc de flatter mon pitoyable ego :

La première est que les groupes qui vous sont proches, qui vous respectent et vous aiment sont les meilleurs (ici les tirades bien senties d’action Joe lors d'une interview qui vous le prouvent).

La seconde, stipule que les premiers albums, ceux des absolute beginners ne sont pas toujours les meilleurs, mais les plus frais, spontanés, revigorants et souvent bouleversants.

Que pourrait-on dire d'autre à l’écoute de toute cette conviction désinvolte dans la voix de Joe Strummer? Comment ne pas applaudir à l’écoute de la batterie plus qu’approximatives de Terry Chimes? Cet album est une vraie tranche de courage collectif en fin de compte.
Le grand (au sens physique du terme, et plus tard technique) Paul Simonon, jouant depuis quelques mois tresse ses lignes mélodiques furibondes à l’aide de scotchs indiquant les accords sur le manche de sa basse precision.
Quand à Mick Jones, qui, noyé dans le speed au moment de l’enregistrement vous balance ses boules de fils de fer Thunderiennes, solos taillés à la tronçonneuse à la tronche.

Tout est là déposé dans cet album au son produit à la va vite et si pauvrement mixé qu’il illustre parfaitement le propos de la chanson « Garage Land » et de son harmonica lancinant, et, ce monoxyde de carbone qui vous reste dans la gorge, comme une bouffée de cigarette âcre et délicieuse.

Et tous les aspects de la vie y passent, tout un catalogue d’emmerdements quotidiens est taillé à la hussarde par le gang de Portobello Road.

Soucis personnels présentés de manière triviale, comme les cadres en bois mous du slip « Janie Jones », les menteurs de merde « Deny », les préservatifs qui vous poursuivent partout « Protex Blue », l’ado barré en pleine crise identitaire adolescente, tombé dans la petite délinquance « What’s my name?» dont les paroles sont hilarantes « j’ai essayé de m’inscrire dans un club de ping pong mais le panneau sur la porte disait complet… », et même l’ennui pesant qui va avec « London’s Burning » (Londres brûle d’ennui).

Une forte dimension politique, locale et internationale y est adossée, car comme ils disaient « trop de chansons d’amour on déjà été écrites », avec à la clef une des plus féroces critiques de la grisaille mondiale de l’orée des années 80 pas très gaies, avec l’impérialisme américain des années Reagan « I'm So Bored With the U.S.A. » et les guerres sans fin « Hate & War » portée vocalement par Mick Jones himself.

Les politiciens (forcement vieux, gros et véreux), en prennent pour leur grade sur fond de chœurs plaintifs de « Remote Control». Le générationnel « Career Opportunities » initialement parti d’une brève d’actualité révélant que le Royal Mail ne proposait des emplois au squatters de Londres que pour trier des colis éventuellement piégés par l’IRA.

L’émeute, symptôme primaire de souffrance et de malaise social a aussi sa place avec le fameux « White Riot » (à tort compris par certains comme un hymne d’extrême droite de première bourre). On oubliera pas « Cheat » qui en résumé vous incite à tricher si vous voulez vous en sortir comme vous le voulez (pas recommandé d’écoute en période pré Bac).

On se penchera par curiosité le très symbolique reggae de Junior Murvin « Police and Thieves », premier pont tendu entre punks et rastas.

Certains génies ont dit que ce premier effort était la bible du Clash et que plus rien ne restait à dire, et bien ils se trompaient.
Je dirais à ces amateurs de spiritualité que ce n’était que le cri de Moise dans le désert. L’évangile ne sera écrit que quelques années plus tard et portera le nom de London Calling.

Rassurez vous, nous le relirons ensemble un jour, si vous le voulez bien.