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vendredi 18 mai 2012

La ferme des animaux


Alors comme ça, le changement c’est maintenant ? Il faut laisser la place aux jeunes, apprécier et admirer la beauté juvénile turgescente d’une bande de petits merdeux ? Magnifier leur vigueur débordante et leur poisseuse immaturité puérile ? Soit. Je n’ai jamais eu l’âme d’un résistant mais j’ai toujours cultivé une belle nature de fayot. 
Je peux le faire. Je vais le faire avec toute la détermination éthylique d’un douanier méridional. Avec, bien sur, un zeste du poseur parisien incorrigible que je suis (je te le dit à toi petit lecteur dur mais néanmoins ô combien compatissant devant lequel je comparais à chaque fois dans mes oripeaux de musicien déçu et de critique raté). Mais cessons de parler de moi. 


Que le supplice commence, je vais vous parler d’un groupe de jeunes. Pas les jeunes de 32 ans des productions de France Télévisions, non. Des jeunes, des vrais, de ceux qui se battent jusqu’au sang pour un reste de Mister Freeze, pour une place sur un banc, le baiser d’une fille. Des jeunes, dont la créativité s’épanouit dans l’ennui. Dont la pression urbaine à froid donne une pâte encore plus fraîche que le pot de Bridélice 0% refroidi par le chef de rayon nazi de votre Ecomarché-G20-Franprix-Monoprix le plus proche.
Tu l’auras compris Mézigue, ce soir je vais te parler d’un vrai groupe de jeunes, certificat de naissance à l’appui (l’ensemble du combo a moins de 18 ans de moyenne d’âge). Il a fallut chercher cette bande de délinquants juvéniles dans une région séminale. 
Un endroit du globe où les mômes sont trempés dans le rock haute énergie depuis leur petite enfance, dopés dès la naissance comme des vaches aux hormones (ou des athlètes d’Allemagne de l’est). Cet endroit, c’est celui du triangle d’or de la distorsion. Constellé d’usines à l’abandon et de trailers parks survivant de petits trafics afin de financer les descentes hebdomadaires au mall, entre un plat chez Chuck E Cheese et les emplettes au Dollar Tree
Cet endroit, c’est la bien nommée ceinture de rouille, la « rust belt ». Une sorte de Tourcoing meets Amiens et Charleroi américaine. A l’extrémité ouest du triangle maudit Chicago-Detroit-Cleveland vit Elmhurst. Tranquille bourgade de la banlieue interminable de Chicago d’où proviennent The Orwells. Un groupe de jeunes touillant un rock indé rugueux et plutôt tendu. Les ingrédients sont présents au rendez-vous : une belle petite énergie et un son étonnamment mature, bien que peu original, mais américain, sale et dégoutant à souhait. 


L’album dont je vais vous parler est le premier livré par cette formation (le groupe n’est d’ailleurs pas encore signé, ce qui ne saurait tarder). L’effort s’appelle « Remember When », et c’est un fort joli premier album, costaud et sobrement produit. Il s’ouvre sur une ballade électrique vaguement mélancolique. « Lays At Rest » débute dans des entrelacs de guitares gratouillées introduisant une rythmique aussi kitsch que simpliste de tambourins et claves. La chanson raconte les tourments d’un adolescent psychotiques d’un jeune homme venant d’abattre une fille d’une balle dans la tête. Sous ses pieds s’ouvre un gouffre, celui de la culpabilité, de l’erreur et de l’angoisse, et, déjà trop vieilli, cet adolescent ne peut que se souvenir. 
La deuxième piste est la plus rock’n’roll de tout l’album. C’est un pastiche punk d’un groupe souhaitant faire la synthèse entre les Stooges et les Artic Monkeys. Le grand écart de l’énergie, entre USA et Royaume Uni. Un filtre de voix tout simplement pompée sur Iggy pop, un refrain aussi crétin que ceux des Animals de la grande époque « la la la la lalalalala la la la la la lalalalala etc… », un riff de guitare taillé dans la masse qui vous tombe sur le coin de la gueule comme une embuscade du Vietcong. Cette chanson méchante laissera l’auditeur comme après une cuite américaine : souffreteux au Taco Bell du coin en essayant de concilier l’aigreur de 10 jaeger bombs avec la hot chily sauce des burritos with extra cheese. 
Notre bande de petits rigolos laisse ensuite retomber la pression avec « Halloween All Year ». Un morceau transpirant la nostalgie, les regrets, le tout donnant faisant ressentir un mal être quasi-emo. Avec une voix plus déprimante que jamais, un brave garçon nous relate ses cauchemars dans lesquels ils tentent de trucider un mort vivant qui le suit chaque fois qu’il ouvre les yeux. Les cymbales crashs bousillent le morceau, et la guitare plaintive à la limite de la rupture semble s’évanouir dans un dernier larsen. 
La chanson suivante à tout bonnement volé son intro sur « Slave Girl » des Goo Goo Dolls (ce qui est bien sur une référence validée par la rédaction de ce modeste blog). Les guitares sont plus sautillantes et la mélodie nettement plus joviale, disposant d’assez d’ampleur pour évoquer un peu le swinging London. « All The Cool Kids » brosse le portrait acide d’une jeunesse hédoniste sombrant dans la luxure et la défonce « You’d rather stay high than say hi ». Le morceau durcit pour finir dans des derniers échos de guitares tripantes se perdant dans la nuit du midwest. La chanson suivante renoue avec la lignée US la plus pure. Une écriture que d’aucuns qualifieront de Newcombienne (ohlala), et des riffs de guitares directement pompés sur ceux du Brian Jonestown Massacre. Le tout délivré dans un packaging un peu plus juvénile et plus nerveux, qui n’est pas sans rappeler l’ambiance délétère et garage des Flamin’ Groovies. Le mélange fait largement la blague avec une voix à mi chemin entre un Iggy Pop cool et un Jack white un peu en colère. 
Le groupe appuie à nouveau sur le champignon avec la piste suiranve « Hallway Homicide » où le métissage Rock US/UK du groupe est encore plus nettement mis au jour. Une section basse/batterie digne des Ramones ouvre la route à des guitares aigrelettes couinant à toute allure comme celles des Libertines de la grande époque. Ce groupe est bel est bien une synthèse (poke au président, léchage de boule oblige mais je retournerai ma veste après les cent jours comme tout le monde héhé). 


Le groupe d’Elmhurst continue à nous faire explorer les atermoiements sentimentaux adolescents avec « In My Bed ». 
En effet, après l’ennui, la violence, les visions psychotiques, l’amour a enfin voix au chapitre. Pas de la manière la plus fun certes car il s’agit d’une chanson de rupture. Les plus douloureuses, celles murmurées à demi mots en utilisant les moyens et les médiums les plus déroutants. Il s’agit ici d’une conversation sur l’oreiller. Ce doux instant, cette délicate conversation se mue en moment de rupture tragiquement déroutant. « C’est la vie, parfois faite de mensonges et de faux semblants », semblent nous dire ces rockers désabusés dont les voix se répondent. « Never Ever », la chanson d’après continue dans la veine de la mélancolie. Il est question ici de temps qui passe, de la peur devant l’âge et du changement. La basse fuzzy, les chœurs et la saturation improbable produisent un assemblage évoquant les Replacements. L’adolescence, à la fois si belle et si douloureuse, passant si vite et se termine dans un fracas : la maturité, une petite mort qui effraye diablement nos amis et les déprime d’avance.
Un nouvel instrument fait brièvement son entrée afin de soutenir les mélodies de guitares, l’orgue. 
Ce dernier sert de prétexte afin d’amorcer le triturage d’un vieux thème bluesy, celui de la fuite de la bien aimée quittant sa ville merdique, laissant son amoureux sur les carreaux. Le refrain « My old baby’s got me down » servant de motto à “Like No One Else”. Le tempo continue de se poser sur “Ancient Egypt”. La voix nettement moins filtrée rappelle les Strokes et permet des modulations intéressantes avec les guitares qui deviennent passionnantes lorsque nos ados de l’Illinois se laissent aller à de petites fantaisies. Le morceau s’efface progressivement sur un fade out rappelant les beautés nocturnes et vénéneuses des prostituées dans les rues la nuit tombée. L’album se solde par une dernière chanson déprimante, portée par des guitares gratouillées comme des mandolines (surement un hommage aux origines italiennes du chanteur Mario Cuomo) écrasant la chanson de toute leur acidité sonore. Une dernière piste que vous pourrez donc zapper sans trop de remords.


Et bien voilà, les élections sont terminées. Le nouveau président investi, mon dû est payé. Mon allégeance est consommée et mon blanc-seing total. J’espère juste que cette séance d’auto flagellation democratico-republicaine absurde aura pu vous faire découvrir un groupe  intéressant dont l’album est disponible gratuitement ici. Je tenterais de faire preuve de plus de goût et de plus de style dans la prochaine chronique. Il n’est évidemment pas sûr que je réussisse. D’ici là portez vous bien. 

mercredi 9 juin 2010

L'armée des tocards

Comme si l’on était tous parfaits. Comme si nous étions tous autre chose que des Karl Lagerfeld et des Lady Gaga de salon. On a tous déjà eu ce sentiment, d’être fondamentalement mauvais.
Oui, vous vous souvenez, au collège et au lycée, ce prof qui pensait que vous n’obtiendrez jamais la moyenne demandée en math…
Et bien des fois, la nature humaine se révolte, et l'on travaille d'arrachepied pour leur prouver à tous qu’ils avaient tort, et que pour une fois, une seule et unique fois que l’on valait mieux que ça.On décrochait un onze sur vingt (ou mieux pour les plus motivés) et on avait, par ces quelques traits tracés sur une copie littéralement craché au visage du responsable de nos souffrances.
Si vous avez déjà ressenti ce genre de sentiment, vous  partagerez ma passion pour les petits, les habituellement médiocres qui ont sué sang et eau une seule fois pour toute. Le tout pour une petite place au top 50 et voir leurs piles de 45 Tours fraichement pressés  fondre comme neige au soleil, avant de disparaitre définitivement dans l’anonymat.
Oui ces gens pour qui j’éprouve une passion particulière sont les « One Hit Wonders » ou «merveilles d’un titre» en français.
Ils fourmillent dans de magnifiques compilations qui comptent des quantités insolentes de gemmes et de pépites cachées.
Les compilations Nuggets, Children of Nuggets ou alors, la quantité chavirante des Pebbles disponibles sur Internet via d’excellents labels pourront vous en convaincre.
Mais vous n’aurez pas toujours besoin de courir après ces merveilles publiées avec amour sur des labels indépendants.
Car parfois des miracles ont lieu, car oui, ce genre d’accidents industriels musicaux arrivent.
Il arrive en effet que de temps en temps des Majors désireuses de rentabiliser leur fond de catalogue pressent les meilleurs hits et faces B de leurs gloires inconnues en petites quantités.
Elles empaquètent le tout sous une Jacquette aussi mensongère que putassière et cèdent cette compilation a bas prix afin de faire vite partir les stocks.
L’affaire est vite oubliée par les protagonistes eux mêmes, l’actualité étant rapidement accaparée par la sortie d’une merde grand public infâme, mais un peu plus rentable pour la boite.
Ces merveilles de bacs à solde oubliées comblent maintenant les mélomanes que nous sommes, bénissant les directeurs artistiques ou les chefs de produits de ces grandes maisons de disque pour avoir été si connaisseurs, ou  inconscients. C’est le cas pour la bien nommée « Burning Sounds! 20 power pop killer cuts ! »
On ne rentrera pas ici dans les détails biographiques des divers groupes venus de tous horizons Garage, Punk, Rock et Pop présents sur cette compile.
Cependant le fait marquant pour l’auditeur est qu’un un trait commun les unit tous : l’amour d’une musique aussi flamboyante que rythmée, donnant aux prestations des diverses formations une touchante unité.

Dès le titre d'entrée, on aura compris le ton aigre doux de la compilation avec "Shake Some Action" un titre tardif des héros Californiens du Rock Garage à savoir les Flamin' Groovies. Cette longue complainte posée sur des entrelacs amers de guitares tristes, et déjà nostalgiques d'un temps qu'elles ont crût à peine voire passer.
Le tube suivant est une cathédrale de pop rock Kitsch totalement improbable portant le nom proverbial "Overnight Sensation (Hit  Record)" implorant les dieux du succès dans une magnifique supplique. Imaginez vous mélanger du Elvis Presley (pour la voix) , du Beach Boys (pour les harmonies vocales), du Elton John (pour le piano)  et du Queen (pour la prestance et les guitares) le tout dans un élan glam anglais. Le pont proprement hallucinant à 3'00 suffira à vous convaincre du génie ignoré des Raspberries.
L'étrange patchwork  que constitue ce disque continue avec un groupe de Pub Rock, Brinsley Schwarz, notoirement connu pour avoir pillé Crosby, Stills, Nash and Young et Grateful Dead.
Les traces de ses influences dans "The Ugly Things" ne sont pas si évidentes du tout, et la tristesse et la mélancolie du groupe n'ont pas vieilli.  La chanson suivante "SubRosa Subway" dont seul le titre à quelque chose à nous offrir ne restera pas éternellement dans les mémoire, comme le groupe qui l'a produit : Klatuu.
Un groupe qui pour la petite histoire a été vu comme les Beatles de 1976. Une petite hype qui n'a pas empêcher leur unique album d'être un four, la vague pré punk et ses descendant ayant déjà tout emporté.
La création du groupe des anglais The Babys est nettement plus convaincante. "If You've Got The Time" dont les solos ardents sont tout droit tirés des Nuggets et une conviction stupide digne d'un David Lee Roth gonflé aux stéroïdes anabolisants emplissant l'effort d'un souffle épique.
Le groupe suivant, et (oui cher lecteur nous n'égrainons ici qu'une simple liste de damnés du rock, alignés contre le mur de la fatalité attendant le geste du bras d'un commandant de peloton Salvadorien moustachu et suant).
The Boyfriends, au nom aussi magnifiquement cul-cul que bravache produisent quand à eux un surprenant mélange de rock sentimental énergique émaillé de claviers qui pourraient être tout droit sortis des rêves de Steve Nieve. "I'm In Love Today" est un vrai petit bijou de rock pop au sens noble du terme.
"Starry Eyes", une chanson de The Records ressemble fort à un titre de Eddie and the Hot Rods. Encore bourré de références sentimentales amères et tristes, d'histoire de ruptures, de souffrances et de haines passionnées complétement contenues.
Celle ci ayant la simple prétention d'envoyer l'auditeur droit dans le mur et sans autre forme de procès.
La formation suivante, une des plus intéressante de l'album car menée par Glen  Matlock, bassiste original des Sex Pistols et fan inconditionnel des Beatles.
Ce dernier ayant été chassé pour cette même raison du groupe qu'il avait contribué pour une grande part à fonder (et oui, c'est sa basse que l'on entend sur plusieurs pistes de "Never Mind the Bollocks"), le tout pour être remplacé par ce petit junkie sans talent ni envergure de Sid Vicious. "Burning Sounds" est le titre éponyme de cette compilation, délivré pas la formation punk que représente les Rich Kids. Tous les ingrédients sont ici au rendez vous: guitares dures et écorchées, riff simpliste batteries sans concessions et morceaux de bravoure (le "Burn !" à 2'08 et le solo qui s'en suit dans un écho de reverb dégoulinante de volts).
Le groupe suivant, The Knack, un groupe de pop de la région de Los Angeles, solidement nourri d'influences sixties (des cœurs de Beatles, et une guitare empruntée aux Kinks aussi mutine que sautillante).
Il ne faut toutefois pas nous laisser berner par la bonhommie de la mélodie et sa livraison emprunte de fraicheur dégourdie. C'est bien de tourments que l'amour dont l'on parle ici (et oui, encore) et de fort belle manière. Je mets personnellement au défi tout mâle hétérosexuel normalement constitué  (même votre serviteur)  de ne pas se reconnaître dans "That's What The Little Girls Do" et  les imprécations empruntes de doutes et d'hésitations adolescentes qu'elle délivre.
La prochaine chanson est une création somme toute originale des Barracudas, ceci pour la simple raison que c'est une des seuls chansons issue de la vague néo Surf des années 80. [What the fuck people?].
Néanmoins on ne pourra que louer cet effort, débutant par une introduction sonore livrant avec un  brio dramatique une gravité et une solennité toute maritime (ressac et cris de mouette à l'appui). "His Last Summer" raconte de décès de Ricky, surfeur de son état et frère de vague. Son dernier été, à la recherche de la vague parfaite et du tube de trop. Les refrains entrainants sauront vous convaincre qu'un "surfing suicide" est un concept possible, viable et tout à fait crédible. On passera vite sur "Long Lonely Nights" dont les claviers 80s et les trompettes ont fort vieilli. Le titre suivant étant bien plus intéressant.
Hormis un nom aussi mystérieux qu'improbable The Pale Fountains livre un morceau tout aussi cryptique "Jean's not Happening" un mélange de pop Beatles débuté sur une attaque de guitare tournante destructrice qui meurt dans un dernier relent de Joy Divison fugace. Les violons dramatiques rajoute une touche de beauté tout aussi grandiloquente que solennelle à l'ensemble. Comme un glaviot que l'on aurai craché de Manchester Jusqu'à l'estuaire de la Mersey.
La prochaine chanson "Fell" des Let's active  est une ballade sentimentale portée par une voix déçue et plaintive, pleine d'amertume et de regrets. "Vanishing Girls" elle rappellera des souvenirs aux auditeurs émus d'une autre compilation citée precedemment "Children of Nuggets".
Vous pourrez encore me dire que vous en avez marre des noms de groupes proprement mirobolants, mais auvouez tout de même que The Dukes Of Stratosphear" est au moins aussi incroyable que  les tressaillements de la basse à 0"15 secondes.
On cessa les pleurnicherie sur un heavy beat de batterie et une batterie turgescente, sans oubliés des paroles stupides d'amertume colérique. Encore le sempiternelle histoire d'un cocu qui souffre "Hard To laugh" est un monument de chœurs collectifs et de cymbale ride. Une belle ironie globale pour un groupe portant le doux nom de Poursuit of happiness, l'histoire no vies en somme, n'est-ce pas ?
On renoue avec la guitare sèche sur "Baby's Coming Back" interprétée par Jellyfish. Autant dire que la chanson est belle malgré des arrangements au sax et au clavier totalement badant (oui, je trouve ce mot  tout à fait à propos) et une voix de chanteur à la croisée de celles de Slimmy et Mika des mauvais jours.
Autant le dire, la chanson suivante est un mix de beaucoup de choses, personnellement,  je la définis comme une voix de Happy Mondays mixée avec du Beach Boys feats Status Quoi sauce-dance-kitsch-grand-guignolesque. C'était "Everything! (A Song For Dennis Wilson)". Mes amis, je vous le dit de but en blan, la chanson qui suit est juste énorme. L'œuvre d'Orange un combo de punk californien pétris de fuzz et de Beach Boys maniant l'alternance de tempo avec une facilité et une richesse d'arrangements insolents.
Après "Lucy In The Sky" il y aura "Judy Over The Rainbow". Daryll-Ann reprend le flambeau d'une manière tout aussi bouleversante avec des grandes plages de guitare tordue, piquées aux Pixies (caisse claire sèche) et à My Bloody Valentine (guitares velociraptor) mais traitées et arrangées avec un vernis pop-rock faisant la part belle à des solos vibrants et chevrotants.
Le plus beau étant la fin "Good Thing" s'arrète tout net. Quelle audace !
Autant vous prévenir toute suite la piste d'après, Shangri-La vole les premières notes de "A Day In Life". Ne vous méprenez pas, mes amis, ce n'est pas du vol. Ce morceau n'est d'autre qu'un hommage de 7 minutes 30 aux Beatles. Les connaisseurs s'amuseront à reconnaitre des passages de "Hey Jude" et des chœurs et des trompettes de "Magical Mystery Tour".
Decidemment, The Rutles ont été un très bon tribute Band.
Et c’est avec ce fade out sonore interminable que se termine cette compilation.

Oui, la compilation, ce format maudit, celui des inconnus et des sans grades. Méprisé tout entier par certains puristes, car n’étant rien d’autre qu’une liste de courses (comme cette chronique d’ailleurs, pardon à tous).
Avec toute leur humilité ceux-ci nous ont bien montré une chose.
Même englués dans notre quotidien et nos soucis. Il faut essayer de voir plus loin. Comme ils l’ont fait.  Dans un élan contemplatif et désintéressé absolu, quitte à se prendre en plein front la vicieuse et ultime balle tirée par la citadelle du destin.
Ces chansons valent le coup, même consommées sur des grandes plateformes d’écoute de musique en ligne, des mp3 surcompressés pourraves, les uns à la suite des autres, à la manière d’un gros gamin gâté et immonde.
Oui, elles valent sacrément le coup, stéréo et mono, prises studio et lives, originales et reprises confondues, petits labels ou grandes maisons de disque.
Elles nous rappellent tous les jours qu’elles valent le coup de se battre pour elles, de toujours combattre, de ne jamais se rendre. De ne jamais nous rendre.
Ils pourront alors mettre nous dépouilles en tas sur une chariotte, avec celles des derniers forcenés du quotidien, ces derniers navrants résistants de la loose.
Le bourreau ventripotent pourra alors distinguer parmi les loques débraillées et malgré les taches de sang caillé sur nos visages un sourire satisfait. Le plus insupportable de tous à ses yeux : celui que seuls les gens heureux arborent.



vendredi 1 janvier 2010

Why villains always blink their eyes

Le Velvet underground est le meilleur groupe de l'histoire du rock.
C'est avec ce genre de phrases péremptoires, presque autant que Lou Reed himself que l'on réveille une bande de glandeurs ensuqués par quelques semaines de bombances festives.
Maux de ventres, selles molles,gueules de bois, bourrelets, alka seltzer et tout le toutime.
By the way, ne comptez pas sur moi pour me faire le pourfendeur de cet autel sacrificiel consumériste de fin d'année. Après mon vibrant plaidoyer pour la douchebag nation, cela ferait désordre.
D'ailleurs, que voudraient-ils, tous ces bobos larmoyants, que l'on réveillonne avec des salsifis cuits à l'eau? Que l'on arrête de se ruer dans les magasins et cesser de consommer, et perdre ainsi les quelques emplois qui nous restent, chez les pâtissiers, les commerçants et autres alcooliers internationaux?
Non, non, un peu de bon sens voyons...Trêve de coups d'épées dans l'eau aussi insignifiants que circonstanciés.
Je ne vous ferais pas l'affront de vous rappeler combien ce modeste blog aime, adule et adore cette formation new yorkaise séminale et fondatrice, vous en trouverez les preuves ici et .
Seuls quelques albums de ce groupe sont encore épargnés par notre furia velvetomanianesque, tort que nous allons combler un peu plus avec ce billet.
Mais pas de panique mes amis, vos oreilles, déformées quotidiennement par de la pop guimauve insipide, de la minimale merdique (car seulement bien quand elle s'écoute bourré et défoncé le tout entourées de nymphes dévêtues) ou de la varietoche qui ne dit pas son nom (genre chanson à texte sous vernis indé) n'ont ici rien à craindre.
Pas de violon torturé, ni de guitare fuzzy. Niet, nada, wallou.

Que du bon commercial.

Mais comment? Mais pourquoi donc? Comment ne pas retrouver la décadence grise et morbide traduite en notes? Comment ne pas dresser la juste et vraie fresque sonore de ce vice urbain quotidien, de cette dépravation habituellement assumée?
Et bien pour la bonne et simple raison qu'en cette bonne année 1970, Lou Reed et John Cale s'embrouillent, clash final. Le violoniste musicologue surdoué et torturé capitule, range son archet, son lutrin et se taille.
Idem pour Maureen Tucker, la batteuse rouquine cultivant soigneusement ses beats d'Homo Erectus se barre aussi, en cloque jusqu'aux yeux. Les fans moyens sont médusés, cette batteuse à la démarche d'ouvrier du BTP, n'était manifestement pas si lesbienne que ça !

C'est donc avec un nouveau line up que Lou Reed arrive en studio, assisté par un nouveau venu, Doug Yule, un musicien enthousiaste content de faire partie du voyage.
Notre Lou se pointe donc détendu, soulagé ne ne plus avoir à faire face aux tensions continuelles l'opposant à Cale. Il se pointe avec dans ses poches, parmi quelques sachets de substances aussi dangereuses qu'illicites de très bonnes et assez anciennes chansons et une ferme envie de chatouiller le Top 50 US (aussi bien pour des raisons de contrats que d'orgueil personnel, des motivations récurrentes chez le personnage).

Le ton de l'album est donné d'entrée de jeu avec "Who Loves The Sun", la voix mélodieuse de Yule se cale parfaitement aux riches chœurs et harmonies vocales qui se déploient en canon. La richesse mélodique et ces entremêlements de voix prennent à contrepied l'auditeur de la rue, voyant ce groupe comme une clique de drogués nihilistes. Ne nous laissons pas tromper par ces merveilles pop, le Velvet n'a pas changé, les petites comptines douces ont toujours fait partie de l'aventure, et ce, dès le tout premier album.
L'album démarre fort, car il ne faudra pas aller plus loin que la deuxième piste pour trouver un véritable hit, "Sweet Jane" repris par tous les groupes dignes de ce nom et mêmes les fanfarons les plus moqueurs à l'instar des Cowboy Junkies et de Starshooter.
La voix granuleuse de Lou Reed, même fragile au moment de l'enregistrement se déploie avec la rondeur et la bonhomie d'un bagel new yorkais.
Que dire alors de la mélodie simpliste, cette ligne de basse affriolante, de ce tempo parfait, portant admirablement un songwriting poussé, poétique. On est là nous aussi, assis au coin du feu, la TSF branchée en compagnie de ces middle classers compassés.
L'introspection profonde continue avec "Rock And Roll", la fameuse rock and roll radio chantée elle aussi plus tard par les Ramones. Cette chanson est largement autobiographique, Lou Reed ayant toujours affirmé qu'il avait découvert la musique via le poste de radio familial, duquel sortaient les airs les plus merveilleux qu'il n'ait jamais entendu. C'est le petit Lou, fan absolu de Bo Diddley qui chante ici.
Le côté laid back et détendu de "Cool It Down", son piano et ses voies overdubées place directement le groupe dans la grande traditions de ces premiers groupes de pionniers rock (et plus particulièrement rockabilly à l'époque). Mr Reed a d'ailleurs confessé depuis qu'il n'a jamais été capable de sortir un blues décent, seulement des tocades rockabilly héritée de son enfance.
"New Age" est un récit doux amer intimiste narrant la rencontre entre une vieille gloire du grand écran et un fan transi. Les chœurs étouffées et les pistes d'harmonium vous réserveront quelques surprises.
Ces belles exécutions, diablement bien livrées ne doivent pas nous faire perdre de vu le fait que le Velvet est avant tout un sacré groupe de rock. Une base inamovible de guitares grattées à l'os et de batterie percutante "Head Held High" tombe à point pour nous le rappeler. Si la voix se fait plus éraillée et cassée, c'est encore des souvenirs d'enfance que le groupe touille et remue.
Les mythes américains ne sont pas épargnés, "Lonesome Cowboy Bill" mêle cowbell groovy et yodel focenné. Les parties de guitares s'égrènent se suspendent, chutent et repartent. Ce n'est plus une chanson, c'est une bagarre de saloon. Le far west existe encore.
Si la chanson en question fleurait le whisky et la graisse à cuir, la suivante est faite d'un tout autre bois. On jurerait que le groupe a piqué des albums aux Beach Boys et aux Beatles, les détroussant de leurs harmonies vocales. Lou reprend le dessus à mi-chanson, en parlant son texte sur une délicate mélodie, comme l'écrivain-chanteur qu'il a toujours souhaité être.
La seule once de dureté dans "I Found A Reason" est cet effleurement de guitare distordue lancinante.
"Train Round The Bend" prend le contrepied total dans un retour aux sources, piano et guitares chuintantes, irritantes et crispantes comme des cigales électriques méridionales. Le genre de son répétitif qui vous transperce les oreilles pour vous percuter le cerveau. Le chant se libère et avec lui sa cascade d'onomatopées primales.
Lou reed a toujours dit lui même que la plupart de ses chansons tenaient sur 3 accords maximum. On jurerait que la chanson suivante a été calquée sur ceux de "New Age".
"Oh! Sweet Nuthin'" pose la même ambiance Jazzy et décontractée, cultivée dès 1965 avec la naissance même du Velvet Underground. Le solo s'étend, comme si le groupe ne voulait pas refermer le chapitre de l'histoire de l'un des groupes les plus influents de l'histoire du rock.
Et puis l'aventure meurt ainsi, avec un soupir posé sur un dernier accord plaqué. Et un Lou Reed qui se voit à présent dactylo dans la boite de son père (véridique).

Car oui, c'est un des traits majeurs de Loaded, une collection de petites madeleines de Proust.
Des balades plus sucrées, taillées pour un format FM. Certaines réussiront en effet à percer. D'autres, (d'aucun diront les plus intéressantes) iront rejoindre les piles d'invendus poussiéreux de Tower Records sur la 5ème. En attendant qu'un touriste s'en saisisse, à 4$ avant la fermeture définitive, comme un souvenir de NY, au même titre que la casquette des Yankees et de la boule à neige de la Statue de la Liberté.
D'autres paieront plein pot pour des éditions augmentées, valant largement le coup, avec leur plein de face B fortes et magnifiques qui essaimeront jusqu'à la période "Berlin".

C'est peut être ça cette fumée rose qui remonte les escaliers, les bribes vaporeuses d'un pays de cocagne que certains ont une dernière fois relaté, avant s'éclipser, pour réapparaitre ailleurs. Les ferments du Lou Reed solo des vingt prochaines années était bien là, cachés dans la bouche de métro.
Faites gaffe la prochaine fois que vous ferez biper votre passe navigo, vous pourriez bien les croiser.

jeudi 18 octobre 2007

Vos nouveaux amis, les Flamin' Groovies.



Chers amis, laissons tomber un temps les ruelles tristes et déshumanisées d’Angleterre et penchons nous sur une formation, bien plus avenante, drôle et joviale.
Les flamboyants flamin’ groovies.

Une bande de kids américains comme on en fait encore dans certains coins de la Californie, allumés et se foutant de tout.

Cette attitude nonchalante ne doit pourtant pas cacher la teneur exceptionnelle de leur culture musicale et de leur talent, comme aiment le pratiquer les fainéant et les loosers absolus.
L’uppercut dans le ventre (qui a un goût de Nirvana) que vous vous prendrez dès le premier morceau arrivera j’en suis sûr à vous en convaincre.
Ce groupe illustre parfaitement ce dilemme classique : amour absolu des anciens avec la figuration de généreuses reprises de standards américains comme (Louie Louie de Richard Petty, Carol de Chuck Berry…) et usage bottleneck (City lights) contre envie de bouleverser les conventions établies (High Flyin’Baby).
Ils vont pour ne pas céder à cette schizophrénie ouvrager des chansons aux bases rock traditionnelles, classiques et solides avec une énergie sauvage et un traitement franchement second degré.
On en a pour preuve les sémillants Scratch my Back, Doctor Boogie et Walkin’ the dog.
En plus de la prétention, mal considérée pendant la fin des 60’s de ne pas se prendre au serieux, les Flamin’ sont délibérément apolitiques, et donc ostracisés par les hippies eux même, qui les regardent comme un groupe de jeunes décérébrés passéistes réactionnaires.
Mais s’arrêter à ces considérations politico idéologiques serait réducteur vis-à-vis des Groovies.
Ce serait occulter un pan entier de la personnalité si attachante de ce groupe de banlieusards.
Leur sacro-sainte, caution et dans certains cas onction « garage ».
Cet adjectif si galvaudé, des fois appelé proto-punk, dont les sons sont volontairement (ou non) sales, enregistrés avec des moyens artisanaux trouve ici tout son sens.
Vous me direz alors quel est l’intérêt du garage ?

Bien, cette conception de la musique rejoint celle du punk, le fait de pratiquer la musique que l’on aime en toute liberté, le fait de ne pas être contraints par des prérogatives purement matérielles ou dogmatiques et de se concentrer sur ce que l’on aime vraiment.
Le fait de se créer une musique indépendante inféodée à rien, média libre d’une rébellion adolescente libre face à ce monde si dur (celui autour du garage) et aux escroqueries planantes des autres de votre âge qui ne comprennent pas.
C’est ça le garage, une sorte d’endroit utopique et protégé, où l’on peut cultiver en toute liberté sa particularité loin du regard des autres.

Un adjectif qui ne doit pas se confondre non pas avec de l’amateurisme ou de la pauvreté technique mais avec candeur, authenticité et franchise.
Et c’est ce qui saute aux oreilles à l’écoute de cet album, on est là, invité dans le garage ou la cave de cette bande de types.
Tout y est, enregistrement direct avec échos, larsen et grésillements, ces magnifiques imperfections qui donnent tout le charme légèrement désuet de cet album.
Un disque que l’on écoute sans prétention, comme on l’écouterait accoudé à un ampli de la salle, une bière à la main.

On verrait le panache Roy Loney: à l’œuvre, le gros Danny Mihn marteler ses peaux, Cyril Jordan et Tim Lynch planter de grosses échardes rockabilly-blues-country-rock dans la ligne de basse de George Alexander. Les grands Stones en étaient vert.
Recréer de vraies choses, des tranches d’émotions et de sueurs, sans fanfreluches.
Comme entre potes.

Je crois même que vous pouvez dire, oui que vous pouvez affirmer maintenant sans mentir que vous connaissez très bien un super groupe de rock indie.

« Mais Oui, je te jure, des amis de San Francisco que je connais bien… »