mercredi 17 février 2010

Pop bomb

Et bien voilà, ça y est, j’ai craqué. Roue moi de coups, crache moi au visage foule ingrate, repais toi de ma souffrance. Déchire de rage les derniers oripeaux de ma crédibilité artistico rock passée et fanée, laisse la vindicte guider ta fureur. Fais moi expirer, et avec moi les premiers serments prononcés par cette pauvre chair meurtrie que tu piétines maintenant avec joie.

Je m’étais juré de ne jamais parler de Phoenix, de me gargariser du coma du rock français et de son cortège de soubresauts, aussi courts que navrants. J’étais heureux de compter paisiblement les convulsions du cadavre, là, assis confortablement dans la pénombre, le cigare aux lèvres et le verre à la main. A cracher mon venin et persifler de ma langue venimeuse de vipère.

Ma vie était facile et simple, pour moi, le quatuor n’était qu’une hype Versaillaise de plus, et en bon républicain, mon devoir sacré était de l’ignorer, voire de la combattre. Qu’avait-elle donc cette ville, domicile de Air, Daft Punk et qui sais-je encore ? La grâce de Louis XIV, bâtie sur des monceaux de cadavres avait-elle rejailli sur ses descendants légitimes, touchés par la grâce absolue ? Les rayons de ce Roi soleil aussi fou que génial qui s’était promis de faire de cette bourgade de lointaine banlieue la capitale du monde connu ont-ils caressé la tête de ces élus ?

J’ai dû me rendre à l’évidence, sacrifier ma fierté sur l’autel de l’honnêteté musicale et intellectuelle. On ne fait pas danser les Anglo-saxon, et on ne passe pas au Saturday Night Live (dédicace au 1,2,3,4 en français dans le texte ) tout a fait par hasard. Comble du comble, une interview dans Rock & Folk à même réussi à me rendre ses bougres sympathiques. Il fallait donc chausser les écouteurs, se rendre compte, et dire, témoigner. Que recèle donc cette french touch, qui a littéralement explosé depuis « Wolfang Amadeus Phoenix » ? Tiens, des références au classique, quoi de plus normal pour l'hétérotopie de style classique par excellence, à savoir Versailles. Décidemment mes amis, les racines du mal remontent loin. Du rock, certes, mais aussi une sacrée dose de pop. Encore cette maudite French Touch.

Dès la première chanson « Lisztomania » la batterie sèche et indéboulonnable ne doit pas vous méprendre. En effet, c’est bien de sentiments et de romantisme que l’on parle ici. Qui de mieux choisi que de Franz Liszt pour vous l’expliquer ? Ce petit orgamond sautillant, et ces grands traits de clavier obsédants, montant vers un crescendo dramatique d’énergie et de saturation sommitale. Majestueux et fragile comme un coucher de soleil, dans son écrin final de flute de pan-clavier 70s digne d’un film de boule de la grande époque (ongles roses et permanentes). Bon, on tient quelque chose.

Cette douce mélancolie va-t-elle se prolonger ? Ce salutaire effort pour faire échapper une partie de la jeunesse à l’avilissement et au lucre gratuit va-t-il continuer ? Et bien oui. « 1901 » est de ces rengaines. On y parle de temps qui passe, de grande boucle de la vie et de choses désuètes, de ce temps qui vous coule entre les doigts, comme du sable. Et toujours ces claviers et ses multiples sons bidouillés qui enrichissent et jouent avec la basse. On dirait que le Pop Rock veut dire enfin autre chose que médiocrité mièvre et plate. La nervosité de la guitare et les arrangements classieux donnent un mélange très proche de la perfection. La piste suivante « Fences » laisse encore libre cours au clavier de ce diable de Deck D'Arcy, échappé du futur des années 2001, bloc de pierre, combis oranges et babouins dansant avec. La voix aérienne de Thomas Mars, tout en légèretés aigues se mêle à cette bande sonore de space opera qui s’écrase par à coups sur le dancefloor, à chaque coup de grosse caisse de Thomas Hedlund. Oui on est bien là, capturé dans cette atmosphère moite de dancing de station orbitale.

Vous ne me croyez pas ? Le réacteur central se rallume après des années d’hibernation sur « Love Like a Sunset Part I ». Des sons de machines organiques, une mélodie qui se réveille peu à peu, à mesure que les voyants ne se rallument sur les consoles poussiéreuses, les uns après les autres, nous poussant dans une marche galactique vers le Soleil. A toute allure, faisant la course avec les protons. On jurerait cette piste échappée de la magnifique bande originale du film « Sunshine ». La suite de cet interlude instrumental qu’est « Love Like a Sunset Part II » retrouve son équipage humain à la barre, réveillés par la chaleur du Soleil, et chantant ce coucher de soleil, qui sait ? Peut-être le dernier ?

« Lasso » laisse toute l’envergure et la distance nécessaire aux musiciens pour s’exprimer, que ça soit la batterie facétieuse, la basse tendue ou la guitare acide des Laurent Brancowitz et autres Christian Mazzalai. Des français savent jouer et mettre en scène leur talent. Je ne suis pas blasé, et c’est réconfortant. « Rome » revient vers des territoires connus par les fans du groupe. Quel endroit de plus romantique que Rome, la ville millénaire qui a vu passer Nerval, Stendhal et les plus grands romantiques de l’histoire française y venir s’y prosterner et clamer sa beauté. Son charme désuet de capitale d’empire patricienne, celui de son colisée et de ses mille fontaines de marbre blanc. Tous ces échos dégradés et ces réverbérations sonnent comme les battements de votre cœur et les sons de vos pas dans les catacombes. Toujours de cette légèreté faite de dentelles brodées.

« Countdown » la chanson suivante débute comme une création de My Bloody Valentine, charpentée par ces sons de claviers perdant complètement mon pauvre cerveau, baignant dans cette vapeur moderne et éthérée. J’incrimine personnellement Air et Daft Punk pour cette ambiance de sons rétro-futuristes assumés. Même si les rythmes se cassent et se syncopent, tous les efforts des musiciens pour saboter l’effort collectif que constitue cet album sont vains. Les thèmes restent les même, le temps, la vérité et la solitude comme autant d’états d’âmes obsédants qui s’envolent et se suspendent dans les airs avec la dernière explosion de clavier.

Si les influences de Daft Punk période « Aerodynamics » étaient clairement visibles, elles percent les oreilles dans « Girlfiend », dans les sonorités futuristes rondes certes, mais aussi dans la manière de passer sur la guitare un traitement funky. Croisé avec de la pop et des tunnels d’electonica (je ne sais pas exactement ce que ça veut dire, mais je trouve que ça sonne bien) qui donnent aux morceaux cette fluidité mélodique remarquable.

Le bal se clôt sur un titre proverbial « Armistice » un mot cher aux imaginaires collectifs français. La fin en somme du bombardement, pictural comme musical qu'a constitué cet album. La bataille est terminée, bouleversée et indécise jusqu'à ses derniers tressaillements. Les derniers moments de bruits et de fureur suspendus au milieu du silence. Comme ces instruments qui vont et qui viennent, avec leurs rengaines morbides et répétitives, dans un vacarme assourdissant jusqu'au silence télégraphique, lancinant et suprême.

Voilà mes amis, le hussard du rock est à terre, anéanti par sa dernière charge. Le sabre sali par la boue du champ de bataille, hébété par le fracas mille fois répété de la chair et du fer. Fourbu par tant de cavalcades et de charges aussi vaines que désespérées. Il lève à présent les yeux au ciel, ébloui par le soleil d'Austerlitz. Et il finit enfin par se rendre compte que c'est de ce celui ci que l'on forge les plus belles gloires.

Oui, décidément, l'empereur n'avait pas menti.

samedi 6 février 2010

Rock and Roll in your daily life (part 9)

Occupé par une vie aussi remplie qu'excitante, je n'ai rien pu poster ces derniers temps.
A mon grand désarroi. Alors voilà, je fais un petit retour en douceur avec une modeste contribution à même de redémarrer la machine, tel le starter d'une vielle Volvo. C'est toujours pareil, on sait que ça va être chiant et dur, mais qu'un jour ou l'autre, la caisse va redémarrer dans un hoquet bruyant.
Ce carton qui traine dans ma chambre depuis le retour de big LDN, m'obsède. Bourré de livres et de cours, qui, un jour ou l'autre finiront à la cave. Mais dans cette histoire, le contenu est secondaire.Trop flemmard pour le descendre, je préfère contempler le magnifique logo qui rappelle indubitablement celui du fameux label mancunien Factory Records. Très étrange pour un carton contenant à l'origine du matériel médical.

Quoique, quoique...mais oui :

"In the hand of one of the assistants, she saw the same instrument which they had that morning inserted deep into her body"


Oui, no life at all in the house of dolls, no love lost, no love lost.

mercredi 13 janvier 2010

Le rock français sur boite vocale (part 2)

Alors que je rêvassait benoitement sur un escalator du RER, accoudé à une courroie de caoutchouc collante, mon regard perdu dans le vide, quelque part entre les catégories "mattage passif " et "to do list" a eu l'impudence de tomber sur ça:

Je ne voulais absolument pas tomber dans dénigrement à la petite semaine ou le LOL poster, mais la quand même...
Sérieusement les mecs, vous êtes Indochine. Vous battez le pavé médiatique musical français depuis les années 80 (avec de bonnes périodes de creux, certes).
Toutes les adolescentes goth-punk-rebelle-clous-larmes de sang de Paris, proche banlieue et Province ont des posters de vous dans votre chambre.
La bande passante réunie de tous les skyblogs qui vous sont consacrés nourriront plusieurs générations d'ingénieurs télécom et leur famille étendue, et vous vendez encore des albums.

Bref, ON CONNAIT VOS TRONCHES LES MECS !!! Pas la peine de nous infliger ça. Sérieux, le shooting avec Mondino, vous êtes surs ? Ben merci de confirmer ma théorie déjà fort ancienne: le rock hexagonal grand public est mort avec Téléphone. Pas convaincus, sceptiques ? Alors mes amis, que pensez vous de ça :

La fameuse pochette de l'album "Crache Ton Venin" sorti en 1979 chez Pathé Marconi EMI. Une pochette qui, une fois le plastique retiré donnait ça :

Roooh, mais comme c'est bizarre ! Je vous le donne en mille, le nom du photographe auteur du forfait est... Jean Baptiste Mondino. Troublant n'est-ce pas ?Oui, je suis d'accord.
Alors de deux choses l'une : soit Mondino est en panne d'inspiration et est devenu une crapule qui recycle ses idées vieilles de trente ans, soit un des groupe les plus sexuellement ambigu de France est en cruel manque d'inspiration.

C'est quand même dommage, surtout quand une maison de disque (aussi en crise soit-elle) et un tourneur (qui se gave) est derrière ton groupe, avec un budget pub avoisinant le budget du ministère de la défense suisse.

Quand tu peux faire du carpet bombing et ainsi repeindre la jungle urbaine à ta fantaisie en payant un magnat des médias fortuné excentrique et son armée de bonshommes fluos, tu fais autre chose qu'une resucée de la fin des 70s.
Des armées de graphistes et artistes en herbes crèveraient pour te pondre des dessins colorés et des designs complétement fous et revolutionnaires à même de rompre la morosité du quotidien.
Puis par là, attirer le regard de ta cible, ou celui des autres connards blasés comme moi qui tirent la tronche. Ça s'appelle "le touchpoint".

Je parle ne même pas de toute la génération qui a connu, écouté et acheté du Téléphone et qui n'est pas dupe une seule seconde de la supercherie. Dommage pour une dépense de plusieurs centaines de milliers d'euros. Pour preuve quelques verbatims de proches amis :

"It's, hum...How do you say it in french...du gachis"

-Mick Jagger-

"Ah-ha-ha. Ever get the feeling you've been cheated?"

-Johnny Rotten-

On pourra juste dire que dans ce post, le plus dur aura été seulement de ne pas porter de jugement de valeur musical. Bonsoir à tous.

vendredi 1 janvier 2010

Why villains always blink their eyes

Le Velvet underground est le meilleur groupe de l'histoire du rock.
C'est avec ce genre de phrases péremptoires, presque autant que Lou Reed himself que l'on réveille une bande de glandeurs ensuqués par quelques semaines de bombances festives.
Maux de ventres, selles molles,gueules de bois, bourrelets, alka seltzer et tout le toutime.
By the way, ne comptez pas sur moi pour me faire le pourfendeur de cet autel sacrificiel consumériste de fin d'année. Après mon vibrant plaidoyer pour la douchebag nation, cela ferait désordre.
D'ailleurs, que voudraient-ils, tous ces bobos larmoyants, que l'on réveillonne avec des salsifis cuits à l'eau? Que l'on arrête de se ruer dans les magasins et cesser de consommer, et perdre ainsi les quelques emplois qui nous restent, chez les pâtissiers, les commerçants et autres alcooliers internationaux?
Non, non, un peu de bon sens voyons...Trêve de coups d'épées dans l'eau aussi insignifiants que circonstanciés.
Je ne vous ferais pas l'affront de vous rappeler combien ce modeste blog aime, adule et adore cette formation new yorkaise séminale et fondatrice, vous en trouverez les preuves ici et .
Seuls quelques albums de ce groupe sont encore épargnés par notre furia velvetomanianesque, tort que nous allons combler un peu plus avec ce billet.
Mais pas de panique mes amis, vos oreilles, déformées quotidiennement par de la pop guimauve insipide, de la minimale merdique (car seulement bien quand elle s'écoute bourré et défoncé le tout entourées de nymphes dévêtues) ou de la varietoche qui ne dit pas son nom (genre chanson à texte sous vernis indé) n'ont ici rien à craindre.
Pas de violon torturé, ni de guitare fuzzy. Niet, nada, wallou.

Que du bon commercial.

Mais comment? Mais pourquoi donc? Comment ne pas retrouver la décadence grise et morbide traduite en notes? Comment ne pas dresser la juste et vraie fresque sonore de ce vice urbain quotidien, de cette dépravation habituellement assumée?
Et bien pour la bonne et simple raison qu'en cette bonne année 1970, Lou Reed et John Cale s'embrouillent, clash final. Le violoniste musicologue surdoué et torturé capitule, range son archet, son lutrin et se taille.
Idem pour Maureen Tucker, la batteuse rouquine cultivant soigneusement ses beats d'Homo Erectus se barre aussi, en cloque jusqu'aux yeux. Les fans moyens sont médusés, cette batteuse à la démarche d'ouvrier du BTP, n'était manifestement pas si lesbienne que ça !

C'est donc avec un nouveau line up que Lou Reed arrive en studio, assisté par un nouveau venu, Doug Yule, un musicien enthousiaste content de faire partie du voyage.
Notre Lou se pointe donc détendu, soulagé ne ne plus avoir à faire face aux tensions continuelles l'opposant à Cale. Il se pointe avec dans ses poches, parmi quelques sachets de substances aussi dangereuses qu'illicites de très bonnes et assez anciennes chansons et une ferme envie de chatouiller le Top 50 US (aussi bien pour des raisons de contrats que d'orgueil personnel, des motivations récurrentes chez le personnage).

Le ton de l'album est donné d'entrée de jeu avec "Who Loves The Sun", la voix mélodieuse de Yule se cale parfaitement aux riches chœurs et harmonies vocales qui se déploient en canon. La richesse mélodique et ces entremêlements de voix prennent à contrepied l'auditeur de la rue, voyant ce groupe comme une clique de drogués nihilistes. Ne nous laissons pas tromper par ces merveilles pop, le Velvet n'a pas changé, les petites comptines douces ont toujours fait partie de l'aventure, et ce, dès le tout premier album.
L'album démarre fort, car il ne faudra pas aller plus loin que la deuxième piste pour trouver un véritable hit, "Sweet Jane" repris par tous les groupes dignes de ce nom et mêmes les fanfarons les plus moqueurs à l'instar des Cowboy Junkies et de Starshooter.
La voix granuleuse de Lou Reed, même fragile au moment de l'enregistrement se déploie avec la rondeur et la bonhomie d'un bagel new yorkais.
Que dire alors de la mélodie simpliste, cette ligne de basse affriolante, de ce tempo parfait, portant admirablement un songwriting poussé, poétique. On est là nous aussi, assis au coin du feu, la TSF branchée en compagnie de ces middle classers compassés.
L'introspection profonde continue avec "Rock And Roll", la fameuse rock and roll radio chantée elle aussi plus tard par les Ramones. Cette chanson est largement autobiographique, Lou Reed ayant toujours affirmé qu'il avait découvert la musique via le poste de radio familial, duquel sortaient les airs les plus merveilleux qu'il n'ait jamais entendu. C'est le petit Lou, fan absolu de Bo Diddley qui chante ici.
Le côté laid back et détendu de "Cool It Down", son piano et ses voies overdubées place directement le groupe dans la grande traditions de ces premiers groupes de pionniers rock (et plus particulièrement rockabilly à l'époque). Mr Reed a d'ailleurs confessé depuis qu'il n'a jamais été capable de sortir un blues décent, seulement des tocades rockabilly héritée de son enfance.
"New Age" est un récit doux amer intimiste narrant la rencontre entre une vieille gloire du grand écran et un fan transi. Les chœurs étouffées et les pistes d'harmonium vous réserveront quelques surprises.
Ces belles exécutions, diablement bien livrées ne doivent pas nous faire perdre de vu le fait que le Velvet est avant tout un sacré groupe de rock. Une base inamovible de guitares grattées à l'os et de batterie percutante "Head Held High" tombe à point pour nous le rappeler. Si la voix se fait plus éraillée et cassée, c'est encore des souvenirs d'enfance que le groupe touille et remue.
Les mythes américains ne sont pas épargnés, "Lonesome Cowboy Bill" mêle cowbell groovy et yodel focenné. Les parties de guitares s'égrènent se suspendent, chutent et repartent. Ce n'est plus une chanson, c'est une bagarre de saloon. Le far west existe encore.
Si la chanson en question fleurait le whisky et la graisse à cuir, la suivante est faite d'un tout autre bois. On jurerait que le groupe a piqué des albums aux Beach Boys et aux Beatles, les détroussant de leurs harmonies vocales. Lou reprend le dessus à mi-chanson, en parlant son texte sur une délicate mélodie, comme l'écrivain-chanteur qu'il a toujours souhaité être.
La seule once de dureté dans "I Found A Reason" est cet effleurement de guitare distordue lancinante.
"Train Round The Bend" prend le contrepied total dans un retour aux sources, piano et guitares chuintantes, irritantes et crispantes comme des cigales électriques méridionales. Le genre de son répétitif qui vous transperce les oreilles pour vous percuter le cerveau. Le chant se libère et avec lui sa cascade d'onomatopées primales.
Lou reed a toujours dit lui même que la plupart de ses chansons tenaient sur 3 accords maximum. On jurerait que la chanson suivante a été calquée sur ceux de "New Age".
"Oh! Sweet Nuthin'" pose la même ambiance Jazzy et décontractée, cultivée dès 1965 avec la naissance même du Velvet Underground. Le solo s'étend, comme si le groupe ne voulait pas refermer le chapitre de l'histoire de l'un des groupes les plus influents de l'histoire du rock.
Et puis l'aventure meurt ainsi, avec un soupir posé sur un dernier accord plaqué. Et un Lou Reed qui se voit à présent dactylo dans la boite de son père (véridique).

Car oui, c'est un des traits majeurs de Loaded, une collection de petites madeleines de Proust.
Des balades plus sucrées, taillées pour un format FM. Certaines réussiront en effet à percer. D'autres, (d'aucun diront les plus intéressantes) iront rejoindre les piles d'invendus poussiéreux de Tower Records sur la 5ème. En attendant qu'un touriste s'en saisisse, à 4$ avant la fermeture définitive, comme un souvenir de NY, au même titre que la casquette des Yankees et de la boule à neige de la Statue de la Liberté.
D'autres paieront plein pot pour des éditions augmentées, valant largement le coup, avec leur plein de face B fortes et magnifiques qui essaimeront jusqu'à la période "Berlin".

C'est peut être ça cette fumée rose qui remonte les escaliers, les bribes vaporeuses d'un pays de cocagne que certains ont une dernière fois relaté, avant s'éclipser, pour réapparaitre ailleurs. Les ferments du Lou Reed solo des vingt prochaines années était bien là, cachés dans la bouche de métro.
Faites gaffe la prochaine fois que vous ferez biper votre passe navigo, vous pourriez bien les croiser.

dimanche 13 décembre 2009

De l’art d’être un douchebag


Je suis profondément désolé, mais je quitte quelques instant (comme très souvent) le giron du rock bête et méchant. Nous allons feuilleter ensemble quelques de ces pages HTML poisseuses pour nous rendre directement au rayon « art de vivre »

De nombreuses expressions d’origine nord américaine s’insinuent peu à peu dans nos habitudes culturelles et linguistiques.

Si beaucoup tiennent du milieu professionnel


« Hé Gerard, tu nous fait un reporting du ranking asap concernant le mapping, grouille, enfin, je dis ça, c’est juste pour être corporate… »


Vous remarquerez bien sur que les plus fervents adeptes de ce type de langage ont un niveau d'anglais atrocement en bas.L'acculturation américaine est bien plus intéressante et instructive quand on récupère celui de la rue.

Qu’elles aient battu le huileux macadam new yorkais ou l’aride bitume de Sacramento. Car elles se chargent, au fur et à mesure de leur évolution et de leur développement de significations simples, aussi imagées que croustillantes.


Une des plus merveilleuses est un terme péjoratif, décrivant les beaufs stupides, imbus d’eux même et fiers de l’être. Ce terme est celui de « douchebag », un terme hérité du vocabulaire médical. Décrivant un objet assez spécial, aux usages plus que scabreux.

En bref, le douchebag est un gentil blaireau imbu de lui même, cultivant un style vestimentaire profondément affirmé et revendiqué, ainsi qu’un style de vie communautaire et grégaire.

Leur terrain d’action et d’expression privilégié étant celui des soirées.

Ces aventuriers de la nuit s’adonnent lors de celles ci à leurs activités favorites. C'est-à-dire : la consommation de grosses quantités d’alcool (souvent à l’occasion de jeux à boire régressifs), la démonstration de virilité sans retenue, la blague grasse et stupide et bien sur la drague intensive des filles les plus aguicheuses et légèrement habillées de la soirée.

Et bien, mes amis, c’est ici un plaidoyer, que dis-je, un cri d’alarme lancé dans les limbes du web. Vous allez me demander pourquoi. Et je vais vous répondre.


Que cela vous plaise ou non, les douchebags sont les derniers hommes libres de notre temps.

Dans un monde bridé par les conventions sociales et les certitudes entendues, ces garçons là sont les derniers tenants de la liberté, des poètes du quotidien et des adeptes forcenés du décalage. Aux même titre que les surréalistes, ils traduisent par leurs actes un certain de degré de liberté et d’indépendance.

Le fait d'effectuer des actes réprimés par les conventions éthiques et morales collectives constitue une véritable révolte en soi.

Celle de l’indépendance et de l’insolence, aussi idiote et stupide qu’elle soit. On rejoint ici la première étincelle primaire et sublime dans la prunelle du sans culotte de 1789.

Cette étincelle immédiate et irréfléchie, celle dont ont fait les plus grandes révoltes et les plus grands mouvements.

Sans le relais de ces braves douches, thuriféraires et gardiens sacrés de cette furia irraisonné, celle dont on peut faire émerger (à condition de la maitriser au bout d’un moment) les plus grandes choses.

Croyez-moi, sans cette dernière, Diderot, Voltaire, Rousseau, Danton, Robespierre et consorts ne seraient pas allé bien loin.

Alors certes, leur révolte quotidienne, involontaire, vaine, dérisoire, emprisonnée dans certains contextes et périodes fixes, très strictement limités dans l’espace et le temps.

Les douchebags ne sont pas des Che Guevara sponsorisés par des marques de gel douche.

Disons le, ils sont même atrocement con.


Mais...


Mais...


La prochaine fois qu’en soirée, vous les croiserez, bien sûr moquez vous d’eux, bien sûr soyez outrés par leur attitude, bien sûr, considérez les de manière hautaine, mais faites le comme vous le feriez d’un attachant ancêtre cro magnon.

Un ancêtre, qui après quelques verres d’alcool nous ramène à nous même et à nos contradictions.

Un reste d'animal politique merveilleux, sociable, fort, et fier de l'être. Chérissez les comme des briques de Lego, celle dont on bâtit les plus beaux édifices


Oui mes amis, renier le douchebag, c’est renier une partie (plus ou moins importante) de nous même. Que vous le vouliez ou non.


Et mesdames, vous pourrez même lui faire un petit bisou, il sera tellement content.


Si vous voulez en savoir plus, voici une mine d'info sur les douchebags du monde entier.


Aller, je retourne écouter quelques bon albums de rock pour vous en parler ensuite.


PS: Je sais que j'ai un probèle de CSS, je bosse dessus, merci.

dimanche 15 novembre 2009

La danse des zombies

Comme chacun est sensé savoir depuis Roméro et Argento, les zombies sont insensibles aux balles, du moins sur le long terme. J’aime bien les films de zombies quand ils sont bien faits et souvent quand ce sont les zombies qui remportent la partie malgré les canons sciés, les katanas et les vieilles phaétons 50’s pimpées façon Evil Dead avec des sulfateuses et des gentes platine.
C’est toujours plus drôle quand c’est finalement ces beaufs de undeads squatteurs de Mall qui raflent le pot, arrachant au chrono dans d’ultimes efforts les derniers nichons des héroïnes jailbait- yankees- hystériques qui malgré le fait qu’on puisse se procurer un Glock en allant signer un contrat d’assurance n’arrivent pas à charger une Kalachnikov alors qu’un africain de 10 ans défoncé à l’héro aligne des pièces de cinq centimes à cent mètres sous 40 degrés en matant le dernier Desplechin sur son laptop.
C’est là sans doute l’avantage des undeads d’écouter du garage malgré leur lenteur sans doute causée par des décennies à se faire chier vivant à écouter MGMT et les Fleet Foxes en pensant que peut être le prochain White Stripes ne sera pas trop mal et qu’on pourra prendre le Noctilien ou rouler bourré en Velib en l’écoutant sans avoir honte.
Les zombies sont les vengeurs magnifiques, parangons ad patres de mythologie punk (la seule). Comme tous les autres badass qui ont essayé un jour de changer le monde et ont finis crevés ou retirés à fumer des joints de thaïlandaise dans des vallées californiennes, les damnés sont les justiciers rock n roll post mortem...

Aussi, à l’image de Matt Murdock qui écoutait sans doute Ben Harper avant de devenir DareDevil et passer cash à du Dick Dale en lattant des techniciens braille d’ascenseur, ou Johnny Blaze, forain foireux fan des Eagles, transcendé en Ghost Rider broyant l’asphalte et hurlant du Monster Magnet, on serait étonné de savoir ce qu’écoutent ces anciens bobos quechuas en poussant leur caddie et en bavant d’inextinguibles diatribes (qui pourraient s’apparenter à du Birthday Party en yaourt). On serait étonné de retrouver dans leur Ipod de chair, pelle mêle, ni plus ni moins que du Link Wray, du Hasil Hadkin ou du Teenage Jesus and the Jerks. Ces goules sont la représentation sordide du prix à payer, notre purgatoire et notre apocalypse en somme, étape ultime avant d’accéder à la teuf ad vitam aeternam avec open bar Corona, schoolgirls 60’s lascives et battle slam Adolf versus le reste du monde. Quoiqu’il en soit, on y passera tous un jour, et, forcé d’écouter les Ramones en titubant de notre jambe en lambeau, on arrachera nous aussi fièrement les guiboles magnifiques de nos anciens pairs qui pensaient tout comme nous que tolérance faisant loi, on pouvait écouter impunément Coldplay en faisant ses courses de thé japonais au dailymonop du coin.

Voila comment j’en viens au gun club, car finalement s’il devait y’avoir une divinité testamentaire en un au delà zombie, c’est sans doute Jeffrey Lee Pierce et son gang cannibale qui porterait dignement le flambeau salvateur, haranguant les cohortes boiteuses à aller bouffer les oreos des derniers salauds qui pensent encore que Queen est un groupe respectable. Leur histoire est donc un peu la notre, tantôt glorieuse, tantôt poisseuse, d’une rédemption incertaine. Ici, c’est de malédiction dont on parle, cette même malédiction du génie qui fait encore mouiller la lettreuse en robe-baggy et vans, persuadée que le génie est beau, adolescent, torturé, mélancolique, forcément rimbaldien. Non le génie est gros, sent la pisse et la mauvaise piquette, le génie porte les stigmates de son rayonnement, le génie est un martyre ordinaire, ni plus ni moins qu’un monstre parmi les autres. Cet horrible génie là meurt dans l’indifférence, ayant égrené comme des chapelets des giclées acides de blues blanc dans les bars de L.A, défié le diable avec imprudence afin d’entrevoir un royaume de secrets non révélés. C’est aussi ca être un génie, ne plus être pilote en son navire et naviguer les yeux bandés un étage en dessous de la ligne consciente de flottaison…

Alors que les années 80 et Mtv s’évertuaient rigoureusement à digérer et à vomir sous la forme ignoble des Clapton, Vaughan and co les derniers vrais vestiges de toutes les quêtes de rédemption et de transcendance (le Crossroads de Johnson, l’illumination et la philosophie de Crowley etc), ces fossoyeurs à l’image des Cramps dont ils ont un temps partagé le guitariste Kid Congo Power, s’amusaient en toute impunité avec la sous culture pop/tribal américaine, reprenaient Hasil Hadkins , Elvis , se grimaient en pin up de la Hammer et vampirisaient le blues du delta sur fond de passionnât punk. Fire of Love en ce sens est une déclaration d’intention, le premier volet d’un triptyque éventrant à la hache les racines du mal.

Dirions nous que c’est peut être ça le truc blues authentique, une guitare seule, ivre, trébuchant sur les notes dans des soubresauts convulsifs d’aigus et de graves, des slides paresseux voilant les notes et les énervant jusqu’au mince file tendu de leur agressivité, de leur délicate ultra violence. Aussi le gang De Jeffrey Lee Pierce prêchait le blues, donnant à boire dans des coupes sanctifiées le ventre mou de l’Amérique du Mardi Gras, de Salem et des troubadours cajuns, hurlant à qui voulait l’entendre les psaumes écorchés des terres rouges et les comptines hillbillies de pauvres bougres venus voler le soleil et invoquer la pluie. Le gros Jeffrey jouait à réveiller les morts, pillait les tombeaux des grands mythes nègres, dansait dans des cercles de feux en marchant pieds nus sur les dernières braises incandescentes de la désillusion punk.

Il faut entendre sa voie s’enrouler et percuter à pleine vitesse les lignes de riffs épileptiques de « Sex Beat » qui introduit l’album, décrivant l’attraction malade des corps, la danse convulsive des amants au bord des piscines de motel dans la moiteur du sud californien. Il faut capter l’énergie primitive, tout ce sang qui irrigue le cerveau. Musique déraisonnable, blues psychobilly indécent joué les tripes à l’air devant les falaises. « Preaching the Blues » (repris de Son House) annonce la couleur, c’est un sacerdoce, une quête de sens, une irrépressible ascension profane. Jeffrey s’égorge, fait face aux démons des grandes plaines en chevauchant les arpèges comme autant d’Hurricane cocktails avalés à la volée dans un bar de la Nouvelle Orléans. Et quelle voix, bon Dieu, quelle voix… Celle-ci colle avec la même rage aux complaintes énervées qu’aux ballades lumineuses sur fond de violons à la John Cale. Car Jeffrey était aussi un poète beat, un voyageur des périphéries. « Promise me » comme « Brother and Sister » sur « Miami » ou « Moonlight Motel » sur « Las Vegas stories », suggères les drames de stations services et l’étrange mélancolie des routes de nuit, les phares collées à l’asphalte; romantisme road movie sur fond de swamp country, voyage guidée par les lignes et les flashs lumineux qui passent à toute vitesse et s’effacent en une danse psychédélique dans le fog des marécages.

L’hypnotique bottleneck de Kid Congo entre à nouveau en éruption tandis que Jeffrey retrouve son groove insolent sur le brulot suivant. Si Morrison hurlait touche me, c’est la pointe de l’aiguille qui touche ici sur « She’s like Heroin to me », et à l’amour (physique ou pas) d’être une addiction de plus, une source violente d’extase et une irrépressible chute (« she’s like heroin to me, she can not miss a vein »). Et le prêcheur fou de dégainer à nouveau ses grigris de marabout sur « For the love of Ivy », tribute furieux à la déesse des Cramps ensorcelée où le groupe fait le lien avec ses pairs, la boucle est bouclé, (« You’re just like an Elvis from hell. »). Il en faudra peu après au Pierce pour s’aventurer et se perdre dans un mysticisme païen, descendre dans les enfers après avoir traversé le Styx sur un radeau d’opiacé, voir si Elvis jamme avec Johnson ou si Hendrix tricote des notes de Stratocaster avec des morceaux de lave en fusion.

La verticalité prend ici tout son sens, à la fois Orphée et Prométhée, Jeffrey dégringole dans les abysses et gravit les volcans, portant des coupes de feu et se faisant voyant sur « Fire Spirit » (« I can see clearly from my diamond eyes »). Aussi, cet état révèle les fantômes des larrons maudits qui hantent les tableaux de l’Amérique, voyageurs crucifiés, vagabonds errants écorchés par la vie, zombies d’interstates laissant des trainés de souffrance et de mauvaises histoires. Comme sur « Ghost on the Highway », le furieux « Jack on the Fire » ou le presque goth « Black Train », Jeffrey embrasse à la mort ces spectres qui sont les mythes de l’Amérique alternative, se confondant en bluesman alligator sur l’inquiétant « Cool Drink Water » pour finir dans un dernier soubresaut rock n roll avec « Goodbye Johnny » comme il a commencé, en conteur amoureux et damné.

Un zombie d’opérette finalement que ce Jeffrey, le genre qui pourrait dire des vers de Bukowski en laissant filer sa rage comme un train de nuit dans lequel pioncent encore quelques clodos célestes, arrachant à la lune des histoires à dormir debout. Jeffrey après cela devancera sa propre réincarnation anthropophage et contrairement à Huysmans choisira la bouche du fusil au pied de la croix, c’est quand même beaucoup plus rock n roll.

Maxence

samedi 14 novembre 2009

Maxence, le retour

Les lecteurs les plus fous ou les plus assidus d'entre vous auront repéré parmi ce tas d'immondices scripturaux de belles contributions de rédacteurs extérieurs. Ceux-ci soulageant, éduquant et divertissant à la fois le taulier de ce blog.

L'une de ces plumes (il n'y en a eu que deux après tout) a été tenue par le sémillant et bouillonnant Maxence, un des hommes ayant vécu sur terre les plus concernés par le rock, depuis Iggy Pop.
On lui pardonnera pour cette raison son obsession pour les Jeunesses Populaires et les femmes chauves.
Pour vous faire patienter, vous pouvez vous (re)délecter de son précédent forfait commis sous cette URL.

Vous pourrez ainsi fantasmer sur le sujet et la teneur de son prochain papier, l'un aussi excitant que l'autre.

Le post en question arrivera très vite, je ne suis pas si sadique. Alors sortez le whisky, videz les cendriers et serrez vous sur le canap'.