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jeudi 15 novembre 2007

L' école de Palo Alto

Parceque nous sommes tous des névrosés monomaniaques polymorphes bornés, si je vous jure, je vais vous parler encore une fois de plus de mes chouchoutes de la côte ouest, oui, encore et toujours les indécrotables Donnas.

Vous commencez à en avoir l'habitude, je chronique de manière tordue les albums qui ont eu le malheur d'échoir entre mes mains (non pas tous non plus, mais quelques uns).
Certains de ceux ci sont beaux, étonnants, originaux, surprenants, puissants, dérangeants, fondateurs, appliqués voire des fois totalement fucked up.
On oublie trop souvent les albums à valeur de documents historiques, dénués de toute prétention harmonique et de concept global tenant la route, en faisant une oeuvre d'art spontané totale, un instantané sans chichis.

Quand j'évoque cette catégorie, mon interlocuteur me répondra benoitement:
"Bah et les lives alors?".
Il aura alors raison, mais en parcourant les plus grands lives de tous les temps le mélomane s'apercevra de deux choses: dans un premier cas les lives proposant la meilleure performance d'atiste et la meilleure qualité d'écoute sont dans la plupart des cas remasterisés, remixés, voire purement et simplement réenregistrés (le très bon "Live At Leeds" des Who qui n'en est pas un).

Dans le deuxième cas, les prises ont été murement préparées, la meilleure salle choisie et les musiciens brieffés et appliqués.

Là la notion de document historique perd tout son sens, n'étant plus un instantané retranscrivant fidèlement un moment, un lieu, un événement.
Imaginez une seconde un cadreur américain brieffant un pilote de zéro japonais pile avant Pearl Harbor :
"Bon alors là Nakamura tu nous fais d'abord un beau passage à basse altitude en règle, un demi tonneau renversé à droite, deux passes de mitraillages sur le cuirassier Arizona, tu remontes à 2000 pieds et tu balance ta bombe en plein sur un reservoir d'essence du port et tu repars en trombe, all right?".
Alors qu'en vrai je pauvre mec se pointe, balance sa bombe à toute allure et se barre avant qu'une escadre entière de P 40 lui tombe dessus.
Là c'est un document historique, c'est ce qui se passe en vrai, c'est le cas de cet album.

Putain ce parrèlle dogfight = concert de rock me plait vachement, tout est là, quand les types jouent leur vie dans la seconde, oui ou fuck.

Trève de digressions passionées, revenons à nos copines californiennes avec un petit retour dans le temps (je me permet la bio parce que c'est un groupe peu connu en France et cela n'a jamais été fait auparavant, eh oui il y a ce moine copiste grégorien qui someille en moi).

Tout commence pour elles lors d'un banal concert organisé par les profs à l'heure du lunch, les gosses du lycée d'embarcadero road n'en reviennent pas: quatre freaks féminines improbables grimpent sur la scène et attaquent bille en tête une cover d'un titre des très confidentiels Shonen Knives (un power trio japonais féminin).
Leur inéxperience n'a d'égal que l'energie délivrée sur scène et les pires rumeurs se mettent à courrir sur ces asociales de première catégorie: elles seraient gouines, sous crack, héroine, cocaine, des satanistes, et Ozzy Osborne serait le père de la bassiste...diantre.
L'affaire est bien partie, et après avoir écumé quelques clubs elle arrive aux oreilles d'un producteur-manager-songwriter à mi temps et accessoirement disc jockey de radio X, une radio indé de Stanford, Darren Raffaelli (d'ailleurs mort recemment).
Très vite, des premiers EP estampillées Super Teem! sortent et échouent dans les bureaux du mythique label Loukout ! records qui a signé les premières sensations pop punk de la baie de SF, parmi eux des pointures comme Green Day, Rancid, the Eyeliners et la plus anecdotique Mr. T Experience.

L'album "the Donnas" est le fruit des séances d'enregistrement des premiers EP et du début et de leur collaboration avec Loukoot! d'où le coté fourre tout et assemblage sauvage de ce dique composé d'en tout 23 chansons (la plus courte 1:10) montrant au début les séances studio et à la fin des lives à la qualité sonique capable de pousser au suicide les plus audiophiles d'entre vous.
Car oui, manque de temps, d'argent, d'experience vont réduire le potentiel musical de cet album.
Même si la prise de son parait bonne,les batteries rondes et chaleureuses de Torry castellano rendent bien, la basse langoureuse de Maya Ford se tient, mais par contre le son de guitare d'Alison Robertson est bourré de reverb (saturant completement les pauvres micros premiers prix et faisant couler tout le mix, n'est pas Phil Spector qui veut) noyant la voix sublimement morveuse de Brett Anderson. Adeptes du raw power vous êtes servi.
Pas la peine de disserter sur toutes les chansons, (ce que je ferais avec plaisir mais j'ai pitié de vous) ces anthems punk Ramones modernes se ressemblent toutes.

Les thèmes chers au Donnas jusqu'à maintenant y sont déjà, ils tiennent en peu de mots, pièces choisies:

- La consommation régulière d'alcool et de drogues douces "Everybody's Smoking Cheeba":
Every son and every daughter's, Growing cheeba in their locker, Gimme gimme, gimme gimme, It's the herb that we must see yeah, Everybody's smoking cheeba

- La fête "Friday Fun":Hey hey, I'm gonna get a Friday, Gonna get a Friday fun

- La haine et le rejet total des autres "I wanna be Unabomber":I hate all the kids at school, They all think that they're so cool, They just like to sit and taunt me, Turn those kids into salami

- L'amour incandescent. "I'm Gonna Make Him Mine"
He's so glitchy, he's so cool, He's the rabbest in the school, When I see him walk our way, My friends all talk and I don't know what to say.

On se fera aussi un plaisir de visionner le clip de "Get Rid of That Girl" totalement kitsch et décalé.
La force supplémentaire me poussant à chroniquer cet album est bien sûr la forte charge emotionnelle evidente et sincère délivrée par le combo.
Cette impression qu'il joue, sa vie sur chaque morceau, bouleversé par chaque chagrin d'amour et implorant les dieux de la fête dans des bratty songs hysteriques.
Le tout baigné dans un parfum de bubblegum trident quasi odieux et le soleil de californie qui cogne.
Vous y etes, vous savez maintenant que grandir en californie n'est pas the OC, guetto de bourges, mais San Mateo, Oakland et San Jose, ce triangle d'or de la baie faisant de vous un sale kid avide de stupre, de luxure et de rock and roll.


Un peu ce que vous êtes déjà, l'académie de Créteil en moins.

dimanche 4 novembre 2007

Exercice 5 p 237: Les lignes parrallèles

Alors voilà, dès que je fais montre de ma passion dévorante pour la chanteuse blondie et son fantastique groupe éponyme on me jette à la gueule un tas de trucs: ringard, trop 80’s, trop fluo, trop glam, trop facile, trop pop.
J’ai même entendu parler d’Avril Lavigne new wave. Imaginez ma mine outrée.


Alors comme ça un des plus groupes les plus new wave du punk, ou le plus punk des groupes new wave ne serait-ce qu’une grotesque farce commerciale et putassière ?

Eh bien je m’insurge, croyez vous qu’un des groupes les plus familiers du regretté CBGB ait été accueilli les bras grands ouverts par un public difficile et exigeant, nourri au bon grain côte Est arty sans raison?
Laissez moi vous dire que les deux allumés de Suicide eux faisaient cartons pleins de molards tous les soirs, détestés par tous.

Loin de moi toute démagogie (le peuple a toujours raison & co), mais quand même, il devait y avoir un truc …ouais une sorte de déclic innocent et romantique, juvénile, quasi candide.
Une gamine débarquant de son coin de Floride à New York, dotée d’une furieuse envie d’en découdre et élevée à la variété 60’s la plus diverse.
Elle s’entoure d’un gang appliqué, incisif, parfois fantasque, cultivant ses références et terriblement efficace à coups de sonorités classiques et de rythmes inédits.

Blondie (et son groupe) c’est le trait d’union parfait entre punk, post punk et musique 80’s (synthés, carillons et lasers).
Une sorte d’hybride inclassable évoquant l’admiration chez les uns et dégoût chez les autres.
On rompait enfin avec le punk rock tournant en rond, devenant une blague au même titre que ses ancêtres et renouant avec un objectif mélodique clairement affichée sur des bases nouvelles. Apportant quelque chose de dansant et frais.
Sans finir dans le Boy Georges (sans déconner les mecs).

Mais alors pourquoi chroniquer cet album si en premier ?

Eh bien c’est simple, c’est le premier album vraiment grand public de Blondie, s’efforçant de sortir des limites un brin étriquées de l’intelligentsia new yorkaise.
Le groupe va rompre avec les habitudes et choisi d’être produit par le très propre sur lui Mike Chapman, le père musical de Suzi Quatro et producteur de Sweet qui arrive a faire ressortir la voix grave et sensuelle de Debbie et lui donner toute son ampleur sur un large spectre, nostalgie « Picture This » et « Go Away », minauderie « I’m Gonna Love You Too »et menaces définitives comprises « One Way or Another ».
Mention spéciale pour le batteur Clement Burke, futur Ramone qui tient son groupe en l’air, le sauve in extremis de dangereux châteaux de cartes mélodiques du début à la fin de l’album avec une force incroyable.




La playlist de Parallel Lines reste new yorkaise, c’est un veritable melting pot, claviers stressants et crissements terminaux « Fade Away and Radiate », guitares bien pendues « Hanging On The Telephone », rythmique punk « 11 :59 » (bientôt l’heure du crime, diantre) et « Will Anything Happen ? », claviers dancing et disco avec le hit radiomical « Heart of Glass ».
On remarquera aussi avec joie les pointes d’humour et sarcasme « I Know But I Don’t Know » coutumières du groupe.
Depuis l’écoute de cet album, j’aime entendre le téléphone sonner occupé et j’attends, j’attends en pensant à une vieille amie de New York, et je fredonne…


Pumping like a fugitive in cover from the night
Take it down the freeway like a bullet to the ocean
Wait until the morning, take tomorrow by the hand
Take it down the highway like a rocket to the ocean, we can run…

mercredi 24 octobre 2007

Les Undertones, un ton au dessus


Les choses n’étaient pas faciles dans l’Irlande de la fin des années 70, secouée par la guerre civile depuis plus d'un siècle, les factions opposées se battant allègrement à coups de glaviots, briques, bâtons, fusils et bombes interposées, sans parler de la dame de fer fermant les mines, usines et chantiers navals.
Un mur de la honte coupant en deux la ville de Belfast.

C’était la merde.

Pourtant de cette ville portuaire et industrieuse à l’avenir bouché va voir la naissance d’un des groupes les plus rafraîchissants au monde.

Preuve que sous l’acier et le béton, la vie suppure toujours.
Non, je ne parlerai de U2, mais des très injustement ignorés Undertones, et en particulier de leur premier album, le très justement nommé Teenage Kicks.
Cette banale bande d’adolescents conventionnels (une photo d’un joueur de Subbuteo va illustrer un de leurs premiers EP…) va exciter le royaume de sa très gracieuse majesté des années durant et ouvrir pour les intouchables Clash.
Mais pourquoi ?

Il suffit de se pencher sur leur album pour comprendre, on y retrouve une énergie juvénile simple, quasi innocente et gratuite, s’affranchissant avec exubérance de cet ennui mortel par l’intermédiaire de la voix du chanteur Feargal Sharkey.
Quelle organe, quel son indescriptible dont le grain se situe à mi chemin entre celui d’un castra énervé et d’un ado en pleine mue !

Les nombreuses chansons de ce copieux premier opus à la gouaille contagieuse cristallisent tous les thèmes classiques de l’adolescence sans exception, dans le désordre : Les jeunes filles que l’on veut serrer avec sa nouvelle bagnole « Girls Don’t Like It », la notion réactionnaire et commerciale de famille heureuse « Family Entertainment », être moche « Male Model », l’envie de partir « I Gotta Getta », le béguin pour une nouvelle venue dans le quartier « Teenage Kicks », la fille qui vous maltraite « Wrong Way », les mauvais garçons de votre quartier « Jump Boys », la joie de voir l’été et son lot de filles légèrement vêtues « Here Comes the Summer », le thon qui vous court après « Get Over You », celle qui vous plaque « Billy’s Third », le suicide « Jimmy Jimmy », les faux culs en général « True Confessions », la ratée du quartier « She’s a Run Around », le grand amour « I know a girl » …

Si vous avez la version bonus vous aurez aussi droit à d’autres lamentations amoureuses, et autres brûlots vitaminés, une fabuleuse ode hystérique aux barres Mars « Mars Bars » et pour finir en beauté, une reprise merveilleuse « Let’s Talk About Girls » des Chocolate Watch Band, icône du rock garage américain des 60s.

Les thèmes universels abordés, et la voix du chanteur ne sont pas évidemment pas les seules forces de cet album.

La magnificence urgente et incandescente du combo, sa sincérité désarmante, sa puissance d’attaque guitares doubles + batterie est remarquable.
Et puis ce son, dur, corrosif, agressif et granuleux, portant à merveille le message de l’instant.
Du jamais vu pour un tel groupe de gamins, surtout en Europe.
Même si l’ensemble est bien exécuté et la production est assez soignée pour un premier album de la bousculade 77-78 on trouve quelque chose de plus, comme une rémanence nostalgique toujours vivace, mélange de chaleur et d’électricité.

Quelque chose qui vous fait aller mieux, qui vous montre que l’on pouvait vivre et danser, entre une bombe de l’IRA et une émeute hebdomadaire.

Un truc qui vous montre que des choses restent possibles, qu’il ne faut jamais baisser les bras, juste traîner au pub avec ses amis et monter le son.

Ouais, encore et toujours.

jeudi 11 octobre 2007

Le Punk et vous.




Oula mais je vous entends déjà, le peteux, le prétentieux, comme si « Nevermind » avait besoin d’être chroniqué, que l’on clame encore sa force subversive trente ans après et que l'on dise que ce putain de son aussi énorme que grandiloquent était génial.

Ben non, non, je ne ferais pas le détail méticuleux du mixage et des arrangements et autres joyesetées de ce genre.
Mais je vais vous dire combien cet album a changé ma, vie.
Mmm, le mot changé est trop fort, je n’ai pas changé d’idées, je ne me suis pas coupé les cheveux, ni même changé de pompes.
J’ai juste pris une claque et du bon temps, ou alors du bon temps et une claque, comme vous voudrez, le passage avant toute mise en perspective.

La première fois que je l’ai écouté c’était sur une bonne vieille cassette recouverte de poussière vintage.
Les cassettes qui grésillent, craquent et tremblotent dont le volume augment ou s’atténue au gré de la vieille bande magnétique usée.
La première chanson n’était pas commencée, j’étais déjà dans l’univers .
Une de mes théories est que l'on embrasse autant voire plus un groupe pour sont univers et son style que sa musique, bon c'est moins vrai quand on est mélomane.

J’avais déjà entendu parler de rebelles et de punks, mais les seuls que je côtoyaient étaient ceux fans d’Avril Lavigne (kilt roses et bracelets de force) et les seuls que je croisais étaient les punk à chien qui faisaient la manche dans le metro (keffieh et air sale).
Bref rien de très reluisant et excitant pour un gosse moyen.
Puis vous écoutez la musique, ce son de cathédrale gothique, de boucan à première écoute désordonné et libre, plus desespéré encore que celui des hippies trop timide, malingre, fallacieux et dégénéré après quelques années.
Passez outre les premiers poncifs collés à cette bande de morveux.
Puis on s’accoutume, on s’imbibe.
Vous prenez les messages avec des pincettes pour les interpréter et les actualiser, puis vous vous rendez compte que c’est ensuite une façon de penser, une esthétique.
C’était de la politique primaire, mais nos pauvres amis britanniques n’ont jamais pris de Bastille.
Ces quatre mômes vont prendre la leur à eux tout seuls : les charts anglais.
Et ils l’on payé à coups de lames de rasoir et pourtant ce n’étaient pas les premiers…
Ils ne voulaient pas qu’on les imite, qu’on les singe avec les même riffs et les mêmes protests songs remplies de slogans, souvent à la limite de la démago.
Juste des centaines d’autres groupes, plus originaux et libres les uns que les autres aussi sombres que romantiques.

Les Sex Pistols, un des groupes les plus sulfureux du monde, pères de ma maïeutique moderne inventée par Socrate, à grands coups d’apostrophes et de guitares.

Ce truc était en fait une bombe à retardement, une machine à fabriquer des hommes meilleurs que leurs pères, remuants, éveillés, critiques sarcastiques envers ce monde.
Les épingles à nourrice et la voix de chat de gouttière, n’étaient que des vecteurs, des signes de ralliement facilement repérables pour les moins malins et pour choquer le bourgeois.
Mais ce n’était pas important.

Jamais la violence arborée, stylisée (Mac Laren le vendeur de fringues) et revendiquée n’avait eu autant de recul et de réflexion créatrice derrière.
On a vu après coup bien sûr, quand les cendres avaient fini de refroidir, comme après une éruption volcanique terrible qu'avaient éclos des fleurs magnifiques.
Parmi celle-ci les Jam encore recouverte de rosée mod, les PIL aux couleurs chatoyantes, Joy Division fanée à peine éclose et autres Gang of four, couverte d’épines.
Qui sait que John Lydon était dans les premiers de sa classe au lycée de Kingsway ?
Le punk, finalement un truc d’intello.