dimanche 13 février 2011

Walk like an Egyptian

Bon, alors ça y est. Les copains égyptiens ont fait le boulot. Well done guys. Vous nous avez donné au monde une leçon ainsi qu'un bon spectacle bien rock and roll.  Tout ceci avec la mythologie révolutionnaire qui va avec : grosses bastons, caillassages en règle des fourgonnettes blindées, volutes épaisses de lacrymogènes, concours de T shirts mouillés avec des véhicules lance à eau, F-16 en rase mottes, cocktails Molotov, foule debout sur les bagnoles, V de la victoire derrière les barricades, scènes de liesses de grandes grappes humaines agrippées aux T 84 aux teintes de scarabées des sables.

On aura même vu des fleurs et des bougies à la con, style révolution de velours. On a même eu le droit à du hardcore rioting couleur locale avec des agitateurs à dos de chameau, fonçant dans la foule à coups de bâton, ambiance bataille des pyramides.
Il ne manquait que les fiers mamelouks et leurs cimeterres. 
Je ne vous cache pas non plus que (cerise sur le gâteau) les journalistes et autres observateurs sont tombés à cours de noms de fleurs à la con à donner à ce grand soulèvement populaire. Ce qui ne gâche rien à la fête.
Du grand spectacle les mecs, bravo à vous. C’est votre instant, profitez en bien, vous avez bien mérité ces quelques trop rares instant de joie et d’espérance, d’enthousiasme collectif aussi pur qu'irraisonné.

Que notre cher lecteur prenne ces biens modestes écrits avec recul et dérision. Point de condescendance de ma part, ni de réjouissances fraternelles à peu de frais. Pour quelles raisons me direz-vous ?

Premièrement parce que n’est pas Bernard Henri Levy qui veut et deuxièmement, l’auteur de ces mots est bien conscient que la seule scène de liesse populaire qu'il a réellement vécu à été par un soir chaud de juillet 1998 la victoire de la France pendant la coupe du monde de football. Une expérience qui permet un certain relativisme, vous en conviendrez.

Dévorez donc ce moment mes amis. Rêvez un peu avant de vous faire claquer le beignet ou de vous faire ôter le baklava de la bouche par le premier militaire de passage ou le premier frère musulman revenu de son exil. Ne laissez personne vous ôter ces instants merveilleux, gardez ces morceaux de béton agglomérés tachés de sang. 
Vous les revendrez à prix d’or aux touristes gras et écarlates, abrutis par le soleil, beats d’admiration, vous demanderont comment c’était, le sourire en coin et la lèvre tombante, l’œil avide. 
Et ce vendeur de souvenirs racontera encore et encore son histoire. Les rideaux des commerces tirés, les rumeurs, les grandes bousculades et l’odeur rance de la sueur, celle métallique du sang dans la bouche. Tous ces détails qui font les petites et les grandes histoires sont fugaces et précieux. Je vous laisserais donc en compagnie de mots bien plus importants que les miens, ceux du romancier Pierre Clostermann, quelqu’un qui a connu le combat, la peur et l’oubli des choses:

 « Le grand cirque est parti. Le public a été satisfait. Le programme était assez chargé, les acteurs pas trop mauvais, et les lions ont dévoré le dompteur.

On en reparlera en famille quelques jours encore.
Et même quand tout sera oublié - la fanfare, le feu d’artifice et les beaux uniformes -, sur la place du village subsistera encore l’auréole de sciure de la piste et les trous des piquets.
La pluie et l’oubli en effaceront vite les traces. »


Bonne soirée à tous.

mercredi 29 décembre 2010

Quatre anglais en K-Way

Pas évident d’écrire à son aise ces derniers temps, et je m’en excuse auprès de vous, rares lecteurs de ce vague radeau moribond. Les putes, l'excès de chair et mon skyblog passion consacré à la Wehrmarcht m'ont considérabl Le boulot qui me prend pas mal de temps, les projets à coté, le permis de conduire, et toutes ces choses prenantes m’ont tenue éloigné de vous. On va donc parler de choses compliquées, difficiles, de combat véritables combats quotidiens à mener.

Les choses n’étaient pas simples non plus pour les rockers anglais du début des nineties. Il en fallait une bonne dose de courage pour tenter de se mesurer à 40 ans de passif local à la fois génial et révéré. Il en fallait des louchées de sueur pour tenter de damer le pion à Oasis, un rival aussi stupide qu’encombrant par sa verve démoniaque et elle aussi toute british.
Cerise sur le gâteau, le mal être, dernier refuge des désespérés venait d’être tiré des cendres encore tièdes de Joy Division par une bande d’américains aussi chevelus et crasseux que géniaux : Nirvana.

Damon Albarn savait que son petit groupe devait la jouer fine et que Blur devait frapper fort une bonne fois pour toute : un album et dedans un hit qui devait conquérir l’Angleterre toute entière de pubs en stades, de school shuttles en tube stations. Ces quatre jeunes devaient opérer le grand syncrétisme, la grande synthèse pour fédérer et enfin exploser. Pour reconquérir les juke-boxes de leur Essex natal et aller chatouiller ceux de Manchester en mettant au passage les tempétueux frères Gallagher à l’amende.
Les dosages sont simples : une base de Velvet Underground mais livrée comme si les Kinks auraient repris du Iggy Pop. Ajouter à cela un accent à la David Bowie, des harmonies vocales piquées aux Beatles et vous obtenez « Blur » l’offensive rock la plus marquante de 1997.

On entame l’ouvrage fort avec le hit N°1 de l’album « Beetlebum » et son riff mélancolique et paresseux, aussi flou que le groupe-lui-même. Soudain, après une minute d’écoute, la pépite arrive, ces grands couplets d’harmonies vocales volées aux Beatles eux-mêmes qui disparaissent avant de revenir, fugace, comme le souvenir de votre premier baiser. 
Doux et amère comme le souvenir de cette peau devenue inaccessible à jamais. 
La nostalgie à portée du jeune urbain encapsulée dans une seule chanson. Le clou est enfoncé plus loin avec « Song 2 » qui est avant tout une super chanson rock avant (aïe) d’être entonnée en soirée par une bande de bourrés (malaise) bas de plafond. La fuzz est de sortie, Albarn et Coxon sont allés la piquer dans la tombe de Bolan avant de la poser sur une batterie aussi musclée qu’entêtante.
« Country Sad Ballad Man » prend le contrepied total de cette énergie et livre une ballade folk piquante et distordue ponctuée de grandes échardes de guitares et de petits effets sonores électroniques croquignolets.
Bizarrement, l’énergie pure reprend sur « M.O.R » comme si le groupe ne pouvait se retenir de jouer piano. Une montée de guitare et de batterie bâtissant un punctum de pression relâchée comme une catapulte projetant le son dans une mer de fuzz et de charleys à laquelle Dinosaur Jr ou The Jesus and Mary Chain nous avait déjà bien habitué avant que nos amis se noient dedans.

La chanson suivante est bien plus relax. Il s’agit d’une petite fresquette si réaliste qu’elle sera officiellement prise comme hymne de la Britpop. L’auditeur attentif saura se passer de ce genre de considération et il appréciera « On Your Own » pour ses chœurs et ses voix en canon répondant les unes aux autres. 
Décidément, les Beatles ont bel et bien fait des émules. « Theme From Retro » est une expérimentation un peu flippante que l’on croirait tout droit tirée d’un Luna Park abandonnée de Blackpool. Ces orgamonds entêtants évoquent une salle de jeux hantée par une horde de clowns morts (on pourra les entendre distinctement à la fin de la chanson). Si le rétro badant était visé, c’est bel et bien réussi.
La chanson suivant est chère au cœur de votre serviteur, car elle a constitué ma porte d’entrée à cet album (en savoir plus sur cette théorie fumeuse ici). Cette petite mélodie croisant guitare sèche et électrique, est la parfaite chronique de la dépression quotidienne. Rarement ces moments de fin de soirée ont été mieux évoqués.
Le morceau suivant fait lui aussi partie de la série d’expérimentations entamées par le groupe sur ce disque. « Death of a Party » raconte très bien cette minute où la musique s’éteint pour laisser les convives éparpillés dans l’appartement sombrer dans un sommeil comateux. Cet orgue tremblant c’est la radio qui grésille encore, ce robinet qui goutte, cette fille éméchée et poisseuse de whisky coca qui vous ronfle dessus.

Le combo renoue pile après avec une énergie folle sur « Chinese Bombs » où la fuzz hurle encore et résonne comme l’écho d’un réacteur de Mig rugissant  dans une passe de l’Himalaya avant de blaster un monastère tibétain.
Le rythme ralentit pour laisser la rythmique de Alex James et Dave Rowntree prendre le contrôle à grands coups de ride fainéante et de basse groovy qui, a vrai dire,  nous perd un peu en route. C’était  « I’m Just a Killer for your love ».  
La chanson venant juste après est « Look Inside America » et autant dire que le groupe reprend du poil grâce à l’excellent songwriting de Damon Albarn qui dépeint avec simplicité la vie ennuyeuse et pétrie d’obligations d’une tournée américaine. Un point de vue rare sortant de la trilogie dope-alcool-déconne (voire filles). Le tout porté par une mélodie et des arrangements des plus classieux.
Le son n’en cesse plus de monter et de durcir. Les guitares et claviers se décomplexent sur le remuant « Movin’On ».
L’album se clôt sur un interlude expérimental de plus « Essex Dogs ». Une piste laissant une fois de plus libre cours aux méditations mélancoliques et leur lot de souvenirs confus.

C’était donc cela Blur. Un opus alternant pistes courtes et nerveuses de power pop-rock terminales et de longues plages d’expérimentations sonores.
C’est cela que Blur a réussi à accomplir par sa musique. Remettre vitesse et énergie au centre de l’équation, se défaire des oripeaux inutiles tout en montant le son encore un peu plus. Quelque chose capable de vous faire danser. Verglas ou non.

dimanche 3 octobre 2010

De l'autre coté de la grande muraille

Il y a des endroits où jouer de la guitare en chantant ce que l’on pense est dangereux.
Dans ce genre de pays, chanter des textes sortant du politiquement correct ne vous mènera qu’à une chose : faire parvenir à vos parents par lettre recommandée une facture de 20 yuans. Une somme correspondant au prix (taxes comprises) de la balle de 9mm parabellum logée dans votre nuque par les soins d’un fonctionnaire pénitentiaire.
Avec les compliments du comité central du parti communiste de Chine populaire.

Les Carsick Cars (un nom qui est un paradoxe en soi) prennent ce risque et se font discrets dans les médias francophones. Peut-être parce que les textes chantés, sont incompréhensibles à moins de posséder de solides notions de Mandarin. Un désavantage pour une culture qui a toujours dans son cœur placé les mots avant la musique. Mais une partie de la beauté du travail des Carsick Cars se trouve ici. Elle nous pousse à nous rappeler l’époque candide et bénie où l’on ne comprenait rien aux paroles affligeantes des Beatles (au moins pour le début de leur carrière, avouez-le).

La visite Pékinoise commence avec « Zhi Yuan De Ren - 志愿的人». Le morceau démarre comme une Geely hors d’âge. L’arbre à came frappe sur la basse et la seconde s’enclenche, ce vent, c’est celui qui siffle par les fenêtres entrouvertes et vous balaye les cheveux. Zhang Shouwang vous parle de sa ville et vous raconte ces grands immeubles et ces jeunes qui fument des cigarettes à la sortie de l’école en vous dévisageant.
Après cette mise en bouche très américaine, cloches et carillons reviennent. Les palais d’or de l’Asie éternelle entrouvrent leurs portes, renfermant leur lot de secrets et d’horreurs sur Zhang et Li Quing (la sorcière  des cloches, oui ce n’est pas un homme). Sur « Gun - 棍 »  ce n’est pas l’opium de Pou Yi le dernier empereur que l’on fume, mais bien de la coke dangereuse que les jeunes sniffent sur des tables en bois rouge laquée. C’est la descente, cette grande plage noise, c’est la peur, qui borde cette lente descente aux enfers.

La chanson suivante  «Zhong Nan Hai 中南海 » est le hit de cet album. La basse semble rouler comme celle des débuts de Joy Division et la guitare gratouille un petit riff que l’on jurerait piqué à Sonic Youth. On dérivera ensuite dans une plage de noise et de reverb complètement maitrisée est ahurissante de finesse et d’harmonies. Cet éther sonique vous laisse abasourdi après avoir dégoupillé vous-même la grenade chinoise. La mélodie revient ensuite et se reforme alors qu’ encore hébété, vous vous relevez des pavés de la place Tiananmen le visage collant de sang pour vous relancer en courant  vers ce Zhong nan hai, cette partie de la cité interdite d’où dirige le tout puissant parti.
Le ton s’apaise et s’allège sur le titre suivant sur «Hou Dao - 厚道 ». Les musiciens cabotinent, la basse s’arrondie et Zhang se relâche, se permettant des vocalises alors inédites sur cet album. On est bien là, à siroter notre Tsing Tao sous les grands platanes des quartiers résidentiels.

« Xiong Mao - 熊猫 » est une chanson comme on les aime. Une voix trainante, celle de Zhang, qui sonne nostalgique er rêveuse, comme absente. Li chante dernière les nappes de guitares, comme les deux Kims l’on fait en leur temps (Gordon et Deal). La section rythmique complétée par Lei Weisi fonctionne superbement bien.
Pour preuve, le véritable wall of sound hallucinant et vertigineux présent sur la piste suivante. On ne sait plus si l’on écoute les enfants des amours des Ramones, de Jesus and Mary Chain et de Dinosaur Jr ou juste une resucée punk minimaliste des Who, mais une chose est certaine « Guang Chang - 广场 » met le son chinois sur la carte du rock mondial. Ces vagues, ce rythme alterné de batterie est proprement incroyable. Puis la voix de Zhang, plaintive et cassée, qui sonne comme celle d'un Viêt-Cong blessé pris dans les barbelés de l’ambassade américaine le soir de l’offensive du Têt… Cette complainte, cette voix trainante et écorchée, est aussi moche que touchante.

La batterie de Li ouvre « Re Shen - 热身 » un des morceaux chantés en anglais sur l’album. Une chanson sur des gens qui ne se parlent pas, qui s’ignorent et ne disent rien. Sur l’inhumanité de la fourmilière. Cette analyse se poursuit sur un deuxième pendant le la réflexion  « He Sheng - 和声 ». Tous ces gens qui marchent dans le rue, leurs rêvent se perdant dans le fracas des machines sur lesquelles ils travaillent à longueur de Journée. La seule fuite possible, la seule issue face à cette routine, c’est de devenir, à l’instar de Johnny un rock and roll hero. Il faudra attendre faire nos adieux à nos amis pékinois sur « Hui Shou - 回授 » au tempo ralenti et à l’ambiance éthérée et aux sonorités de cordes chinoises. On est triste de partir, à contrecœur. Les valises bourrées de faux polos Lacostes et les tympans pleins de ce son de transistor écrasé. Cette bouillie de puce électronique agressive, aigue et rugueuse qui est celle de la ville, qui est la notre.

C’est cela Carsick Cars, des jeunes qui aiment et qui souffrent, à mille lieux des pluies de roses et des lendemains qui chantent. C’est le quotidien au cœur d’une ville de béton tentaculaire, ceinturée par 7 périphériques, au soleil masqué par des nuages de pollution marrons et aspergée par des pluies acides qui ravagent jusqu’à votre selle de vélo.

Loin de la masse impersonnelle et silencieuse, des jeunes mènent le changement et rompent avec le masque de cire d’une société forcenée de travail et cosmopolite s’étirant de Pékin à Canton. Loin de la clinquante image d’une génération ambitieuse, avide et sans morale ni scrupules.

C’est ce tour de force que les Carsick Cars sont en passe de réaliser : nous faire embrasser la beauté et la fragilité des multitudes.

mercredi 1 septembre 2010

La presse Rock à l'heure du digital, lettre ouverte à Rock & Folk

Pour une fois, je pense faire un billet utile. Ecrire quelque chose d’éducatif, structurant et si possible un peu humble, comme un prof du collège de France. Ce serait agréable. Les gens resteraient là, à m’écouter déblatérer ma prose dans un luxe de style et d’intelligence. Cependant non, je ne vais pas le faire comme cela, mais avec un ton agressif et maladroit, en espérant dire toutefois quelque chose d'utile. C’est un peu le deal entre nous non ?
Vous me donnez un peu de temps d’audience (qui me donnera l’impression de combler le vide de ma vie) contre l’impression d’un enrichissement éphémère (qui vous fera sourire un peu, si possible).
Mais ce n’est pas la question d’aujourd’hui alors reprenons, et disons ces choses utiles.

Je me suis plongé, à l’instar de quelque uns d’entre vous dans le grand dossier central de l’édition d’aout de Rock & Folk.
Et bien j’ai été surpris, par une publication qui devrait être ni plus ni moins la NRF de la musique pop en France (je n’ai pas dit de la musique française). Tout d’abord une super couverture, annonçant d’alléchantes spéculations sur le retour éventuel de noir désir. Force est de constater que le lecteur sera déçu, car il devra se coltiner les divagations de quelques oncles Paul. Qui savent bien faire ce que l’on attend de l’oncle Paul, c’est à dire raconter de belles histoires. Ce qui n’est pas gênant en soi, car tout le monde aime les belles histoires.

Mais non, car l’accroche est mensongère (Un peu comme un autre numéro précédant titrant « Jack White tacle la concurrence », tout ça pour s’entendre dire au détour d’une question un truc de ce genre « Beaucoup de gens enregistrent avec des ordis actuellement, et bien moi désolé les mecs, je préfère l'analogique [...] »).
Le résultat est le suivant : huit belles pages traitant du rock français, de cette grande obsession du grand retour. De l’être providentiel.
Un sentiment très français depuis Jeanne d’Arc et De Gaulle. Une sorte d’apparition post messianique de 4 types à même de faire se remuer tout un pays à l’unisson. Et bien sûr pas un semblant de réponse, ni sur Noir Desir, ni sur le rock français en général.
On a bien un petit moment sur le Do It Yourself un peu intéressant ou personne n’avoue qu’il aurait pu faire mieux, et puis quelques lignes croustillantes en forme d’aveux « Aucun rock critic ici n’a vu venir Phoenix ». Tout cela peu être encore défendu avec un peu d’argumentation et bien amené avec quelques pirouettes.
Mais là ou le bat blesse, c’est quand nos sages nous parlent d’internet. Ces respectables, ces puissants, ces musiciens, ces immortels évaluent les succès « au nombre de connexions internet ». Mais sans dire de quoi l’on parle, de visiteurs uniques (ce qui est le plus probable), de pages vues, etc… malgré un petit moment de bravoure sur le nombre d’écoutes, de téléchargements et le business modèle de Radiohead. Au détour de ces quelques lignes, le visage hideux de la vérité apparait, amenant avec lui son funeste cortège de désillusion.
Ces rockers respectables sont des notables. Des gens qui se retrouvent dans le 17eme en écoutant des vinyles sur des grandes enceintes JBL aux basses bien rondes, sirotant lentement leur verre de brandy. Attention, je ne blâme pas leur situation, on peu être riche et être intéressant, agréable, bien apprécier la musique et bien en parler.

Je blâme leur âge, ou peut être plus leur manque d’ouverture d’esprit. A traiter le web comme la dernière roue du carrosse, on perd le sens des réalités. On perd de vue le fait que les jeunes lecteurs sont des kids sans un rond qui téléchargent toute leur musique, roulent en mp3, échangent des titres et donnent leurs avis sur des albums obscurs et des textes apocryphes (à l’image de ce modeste blog), le tout sans compter leurs heures ni leurs efforts.
C’est quand même dommage, car le temps passant ce magazine vient à manquer sérieusement de slip. Les Ungemuth, Farkas et autres sont bons, mais sacré bon sang... Quand on me parle d’un live qui tue je veux des références Youtube, des notes de bas de page qui me redirigent vers les blogs spécialistes et les revues online qu’ils ont pompé.
Je veux que les journalistes livetwitt le Hellfest comme Alex Hervaud. Je veux une plateforme de blog brandée comme le magazine (à l’images des blogs Le Monde ou Libé) qui tiennent la route. Je veux voir des making of. Je veux voir des débats, enflammés en vidéo. A l’heure actuelle, les politiques et les économistes qui se jettent leurs notes à la tronche sont dix fois plus excitants. Je me souviens d’ailleurs d’un premier essai, le punk press club qui n’était pas mal en soi, qui amorçait un truc super  intéressant.

Et puis depuis, rien, silence radio sur le site, qui est d’ailleurs une sacrée bouse. Je suis sur qu’ils ont des rédacteurs plein de bonne volonté qui pourraient bénévolement lâcher un billet ou deux par mois. J’adorerais le faire si j’en avais le talent. Mais les Inrocks et Technikart s’en sortent et des milliers de blogs rocks pullulent et nous sommes loin de tous les connaitre. Je veux une page de ce mag consacrés aux sites et blogs du mois, chroniqués comme des albums, indiquant leurs sujets de prédilection, etc.
Je veux des reprises des meilleurs articles thématiques du web comme le fait Owni. Je veux des articles sur l’avenir de la musique payante et gratuite comme on peut en lire dans Wired. Je veux un comparatif des meilleures plateformes de streaming musicales légales, Deezer, Spotify, Grooveshark et toute la clique. Je veux que vous parliez de choses neuves, de trucs pratiques, qui donnent envie d’ouvrir son blog, de lâcher des playlists. Je ne veux pas baver sur la Triumph ou la Vespa que ne n’aurais jamais.
Je veux que l’on me parle de Pandora et des raisons pour lesquelles c’est rideau en France. Je veux de l’utile. Je veux des critiques croisées à la Pitchfork. Je veux que l’on m’en donne pour mon argent. Je veux que vous fassiez votre boulot comme en 2010. Pour que je puisse vivre ma passion, comme en 2010, comme j’espère la vivre en 2020, un verre de brandy et un iPad en main. Un peu d'allant que diable !

Merci à ceux qui ont ce roboratif article lu jusqu’ici. Et a très bientôt.

samedi 7 août 2010

Le bal des sorcières



L’été est là. Et vous le savez, l’été c’est l’ennui. La mort moite et fumante, dont la torpeur humide et collante s’exhale par tous les pores de votre peau. Accablé par la chaleur, il ne reste rien à faire, que vous soyez au travail ou au chômage, vous le savez.
Vos clients, vos patrons sont partis ou sont sur le point de le faire. C’est un moment douloureux pour tous. Personne ne se soucie plus de rien. Rome ou Berlin en feu devaient être remplis de ça, de gens qui s’en foutaient.
Il n’y a plus personne pour se soucier de quiconque.
A l’heure qui l’est on se soucie d’expedia.com, de lastminute.com, de hertz.com, de voyagessncf.com.
Autant d’institutions aux cases à cocher et aux montants à remplir qui vous insultent à chaque fois qu’ils sont prononcés.
Alors on va faire comme tout le monde et s’en foutre. Mais attention, avec élégance, avec détachement et distinction, et s’enfermer dans un délire musical dangereux.

On mettra autant de ferveur à écouter ce disque que les autres en mettent dans le choix de leurs horaires de trains et de ferry. On se recueillera devant le tourne-disque tout comme ils le feront devant la machine Selecta de l’aire d’autoroute du Loup (à 40 km de Valence environ). On choisira avec cet album avec minutie, comme un billet d’avion. Sauf que là, le décalage horaire, se comptera en bpm, l’excédent bagage en décibels et la taxe aéroportuaire en watts.
C’est drôle, car je suis justement tombé sur un album à vous faire préférer le ciel noir de vinyle à celui bleu de beaucoup de destinations.

Les Warlocks sont un groupe atypique. C’est la formation de Bobby Hecksher qui chante et gratouille la sèche après avoir passé quelques temps au sein du Brian Jonestown Massacre. Autant dire qu'il figure en bonne place dans l'aristocratie rock indé californienne.
Bien sur hautement influencé par Anton Newcombe, le leader s'entoure d'un noyau solide (JC Rees : guitare, Ryan McBride: guitare, Bob Mustachio [!!!] : batterie) et d'autres acolytes de passage.
19 personnes sont déjà passées dans les rangs du groupe cultivant un son (et un mangement) assez similaire à celui du BJM, bien qu'un peu plus noise et mélancolique. Une sorte de croisement entre les Jesus and Mary Chain et les Dandy Warhols saupoudré par un Velvet Underground ésotériquo-new age.
Si vous n’avez pas décroché après ce pot pourri foireux, le mal est fait, vous allez adorer ce groupe.

Le bal s’ouvre d’ailleurs sur un couinement de scie à métaux, orgie de reverb et de saturation dont va s’extraire peu à peu quelque chose ressemblant à un beat de batterie et une  mélodie de guitare aussi déglinguée que ses auteurs. Oui, « Jam Of The Witches » est bien un bœuf déjanté, le sabbat d’une bande de sorcières balais electriques en bandoulière. 14 minutes sombres et instrumentales qui sonnent comme des lament le prélude à une odyssée nocturne.
Les shamans sonnent le gong et posent la transe, le tambour lent et les guitares l’installent dans une ambiance aérienne et éthérée et transparente. On se retrouve transporté dans la « House Of Glass » un songe confortable, quelque par autour du feu, à demi endormi dans l’herbe sèche. Cette petite voix vous rappelle qu’il n’y a que vous, l’immensité du ciel et les étoiles et que tout va très bien comme ça.
Le « Skull Death Drum Jam » porte bien son nom. Oui, je l’affirme car on peu compter sur les doigts d’une main les groupes signés osant débuter leurs morceaux par des plages de batteries pures de plus d’une minute sont rare. Même si cet interlude tribal installe une petite atmosphère, on aurait bien voulu une petite voix sur cette disto buzzante, histoire de combler le vide percer dans notre espace limbique.
La piste suivante, « Whip Of Mercy » revient sur des variations plus classiques et plus régulières. Cette petite voix, sa batterie caressée par des pinceaux rappelleront des choses aux amateurs du Brian Jonestown Massacre et d’Elliot Smith. Et dieu sait qu’il y en a dans la salle. La petite mélodie de voix a tout ce qu’il faut pour réconforter les cow girls parmi vous. Mais tout ceci n’est rien. Non, strictement rien vis-à-vis du frisson que l’on ressentira à l’écoute du morceau suivant. Celui-ci est une sorte de caresse hallucinée. Une de celles qui partent des tréfonds de la nuit pour vous accrocher à votre plafond au milieu d’un rêve. « Song For Nico » est ni plus ni moi qu’une des plus belles chansons d’amour écrites durant la fin des années 2000. Rien que ça. Non seulement l’aspect musical de la chanson et proprement imparable (les accords d’Heroin du Velvet, mixés avec une livraison vocale digne d’Anton A. Newcombe et des plages soniques sonnant comme du Jesus et Mary Chain). On saura aussi apprécier un songwriting aussi percutant que minimaliste :

“Roses are so red
They make me want to sleep on the floor with you.
Is it okay to taste the salt and wake up on a Saturday?
I think it is.
I know it is."

Se pourrait-il que ce diable de Bobby Hecksher parvienneà reprendre le dessus ?

La confirmation nous en est donnée sur « Left And Right Of The Moon ». Rien que le rythme de batterie et de basse augurent tout d’un excellent morceau. Vient ensuite la voix de ce satané Bobby. Ce maudit qui a vendu son âme au diable. Hantant les rues à la recherche de sa dulcinée dans la nuit, il n’a d’autre choix que d’errer sous la lune laiteuse et insolente. Le solo pathétique et malingre sonne de ses cordes usées dans le vide. Décidément, cet album est celui d’un ouest fantomatique.
 « Motorcycle », la chanson suivante est encore un grand jam instrumental planant totalement maitrisé étirant ses guitares de tout leur long. C’est un retour sur terre en douceur, à la cadence des pistons qui cognent et du métal qui brûle
L’ultime chanson est le réveil «Heavy Bomber/Laser Beam » est un live. Le temps du rêve est fini, le son se dégrade. Le fantasme de la perfection disparait dans les derniers échos du songe que la foule impie ose déchirer à coup de murmures et d’éclat de rires.

Ça y est, c’est le retour sur terre, et l’on a du mal à y croire. On se retrouve dans son lit et le réveil matin nous rappelle qu’une nouvelle journée commence. Mais qu’elle était bien cette nuit bleue pétrole. Une couleur logée au plus profond de crâne, que tous les ciels et les mers du globes auront à vous envier pour longtemps.

Bonnes vacances.

samedi 24 juillet 2010

Manhood lesson

Some of you are maybe familiar with Jean Claude my school driving monitor, here is a nice piece of today’s lesson I'd like to share with you:


-Nick, why the fuck are you always stuck in second gear? Do you see this fucking sign? It says 50 km per hour, not 35 Okay?
-It’s a speed limit, I can drive under 50.
-Oh here it is, mister smart ass, I’m gonna cry. Now come on, speed this shit up. Do you know Steeve Mc Queen? Do you know Superman? That’s the kind of man I want you to be on the road.
Now try to be that man. Why wouldn’t you be such a man?
-I’ll try sir.
-Don’t call me sir, you can call me Jean Claude, I’m your pal, it’s been what, forty hours we’ve been driving together. I would have already banged the shit out of you if you’d been a girl. But now, considering the way that you drive I’m starting to wonder. Do you have a pair of balls?
-Uh yeah
-I hope so, because if you keep on driving this slow, I’ll chop yours off, put them in an ice bucket and give it to a charity like “Balls for all” if you know what I mean. You gotta be proud of it.
-Ok
-Great, now show me your balls.
-…
-Come on grab your balls!
-Like this (me grabing my crotch while driving).
-Yeah now say it “I’m a man!”
-I’m a man.
-Shit no you faggot, louder.
-I’m a man !
-Fuck yeah, do you smoke?
-No
-Oh shit, it’s exactly what it’s all about. Come on, have one.
-I’m driving.
-So pull over, right here.
-What?
-Pull the fuck over now, that’s an order, that’s an exercise. Do it.
-OK, here we are. 
-Come one, have one. Here’s a light.
-I feel like my head is spinning.
-Don’t you feel more relaxed?
-Hum, kinda.
-That’s what the deal is all about. Now drive fucking fast.
-Like this?
*Motor roaring*
-Yeah man! Don’t you feel so free and so happy you could die and still don’t give a shit?
-Yes, but someone wants to cross the road.
-Oh? That girl? She’s ugly anyway, don’t let her pass.
-Ok.
-Well, end of the lesson; let’s go back to the school.
-Right on
-Ok, now I’m gonna give you some homework.
-What?.
-Yes, what day is it, Friday or Saturday?
-Saturday.
-Perfect. Here is your homework: find a geaorgeous girl and do yourself a favor. Bang the shit out of her, and never call her again. Next week, you’ll tell me if your balls are working. Thats all I want to know as far as I’m concerned. I’m worried about you man.
-Ok, have a nice week end.
-Thanks, you too buddy.

vendredi 25 juin 2010

Les chansons incontournables [pourraves] de la fête de la musique

Un petit classement des quelques tubes à mon sens les plus repris que vous avez fatalement déjà entendu un 21 Juin au soir dans les rues encombrées. Cette digression est basée sur une idée originale de mon boss qui est d'ailleurs un lecteur occasionel de ce misérable weblog, qu'il soit ici remercié pour m'avoir consciemment laisser opérer ce ripp off honteux.




Où ? Dans le parc municipal, assis en rond

Accessoire obligatoire : Un Djumbe ou un bâton magique au cas où un jongleur de rue ivre mette en cause votre habilité naturelle aux sports artistiques

Cette chanson est à la musique ce que Bayrou est à la politique. A mi chemin entre Reggae et Pop Rock, on ne se mouille pas. Assez militante pour attirer les élèves de sciences humaines en sarouel et assez rassurante pour faire oublier vos dreadlocks à une assistante DRH en galère.

« Knocking On Heaven’s Door » (Bob Dylan)

Où ? Devant une sortie de garage

Accessoire obligatoire : jean slim gris et t shirt décolleté en V. Une paire de bottillons en daim est un plus.

Ce sont les tous premiers accords plaqués par un baby rocker à sa naissance. Pourquoi ? Tout simplement parce que c’est facile à faire, et que le petit trémolo de voix émue peut décider à lui seul si vous choperez ou non ce soir. Autant mal le beugler dans la rue au cas où passerait une Plasticine.

« Smells Like Teen Spirit » (Nirvana)

Où ? Devant leur garage des parents

Accessoire obligatoire : cheveux gras et chemise à carreaux, jean troué.

Parce que jamais rage adolescente n’avait jamais été mieux évoquée en musique. Cette chanson est l’exutoire de rêve pour une bande de post grunge que leurs parents ont laissé à eux même pour apprécier un concert de musique Baroque à la Sainte Chapelle. Partez de préférence avant que leurs amis à BMX ne soient saouls à la bière.

« La Foule » (Edith Piaf)

Où ? devant un troquet PMU

Accessoire obligatoire : être pied nus

Cette interprétation libre hurlée sur une sono mal réglée est bien souvent le fruit du hasard. Deux typologies d’interprètes se la disputent : Gisèle, le pilier de comptoir, chauffée à blanc après quelques ballons de rouge et les vivas de ses camarades de zinc ou une pseudo Camille arty et peinturlurée ponctuant sa prestation de cris, de claquement de langue et autres bruitages corporels inusités.


“Smoke On The Water” (Deep Purple)

Où ? Sur la scène municipale de la MJC

Accessoire obligatoire : cheveux gras, T shirt Opeth et des instruments Squier (et oui, budget limité)

Rock is not dead ! Ces jeunes chevelus sont là pour vous le prouver puissance 10 000. Privés de Hellfest à cause de tarifs prohibitifs, ils comptent bien transformer la scène municipale de Vaires Sur Marne en communion Heavy Metal orgiaque. Le tout sous le regard dépité de Love Mary & the Jeanne, la formation de Ska Festive locale assurant le prochain set.

« Memories » (David Guetta)

Où ? Dans les transports en communs, de préférence blastée via haut parleur de portable

Accessoire obligatoire : téléphone portable, bouteille de Sminorff Ice

Les putafranges sont de sortie !  :) Elles aussi kif tro grav la zik lol !!! ;) Et comptent bien le prouver en allumant pendant la soirée quelques groupes de racailles agressives. Autant commencer par un de leurs lieux de prédilection, c'est-à-dire les  transports publics. Effet lâchage de 06 et de garet’ci garanti !

« Le Diner » (Bénabar)

Où ? Devant un bar à vin – bibliothèque labélisé commerce équitable

Accessoire obligatoire : un vélib, une chemise bien coupée et une paire de lunette pour madame

Qu’on se le dise Les trentenaires n’ont pas vieilli. Même après une journée passé en conf calls, en courses de Velib’ endiablées et après en week end riche en brocantes et autre marchés éco citoyens, des tablées entières sont prêtes à reprendre à tue tête tous les classique de Bénabar. La sauterie prendra fin lorsque les enfants seront fatigués et les hôtes à cours de cubitainer de côtes de Provence bio.

« La Femme Chocolat » (Olivia Ruiz)

Où ? Un angle de rue entre le café du commerce et la Pharmacie Brugier

Accessoire obligatoire : Un chapeau trouvé dans une poubelle et un corsage à fleurs

Les petites artistes en devenir comptent bien célébrer dignement le plus long jour de l’année. Elles installent leur petit clavinova sur un tapis persan et joueront jusqu’à ce que leurs cheveux soient en bataille et que leurs petits ongles vernis transpirent dans leur bottent en plastique. Barrez vous avant que les gitans locaux improvisent de grands solos de violon electriques.

« Bulletproof » (La Roux)

Où ? Entendue à une fenêtre d’un appartement trop bien pour vous.

Accessoire obligatoire : un t shirt à tendance graphisante et un hoodie à couleur vive.

C’est ben connu, chez les 24h party people, c’est la fête de la musique toute l’année. On ne se bornera donc pas à sortir mais on optera pour un brunch musical en se trémoussant sur une resucée 2010 de David Bowie. 

Allez, à toute les amis pour une nouvelle review d'album rock nulle et non avenue.